La Famille – Entretien avec les auteurs
En 2021, le roman La Famille de Suzanne Privat sortait aux éditions Les Avrils.
Aujourd’hui, Suzanne s’associe avec l’illustrateur Tristan Garnier pour délivrer une très belle adaptation de ce roman à succès. Ils vous racontent dans cet interview leur rencontre et collaboration autour de ce projet.
Comment s’est faite votre rencontre ?
Suzanne Privat : C'est la revue XXI qui nous a mis en contact. La revue souhaitait se faire l'écho de mon livre à travers un récit dessiné d'une douzaine de pages et ils ont confié le bébé à Tristan.
Le projet portait sur une adaptation assez littérale de quelques passages que nous avons choisi ensemble. J'ai fourni les éléments de narration, un petit paquet d'iconographie et le talent de Tristan a fait le reste. J'avais déjà travaillé avec des illustrateurs par le passé pour des BD institutionnelles ou pédagogiques mais je n'avais jamais eu d'expérience aussi fluide.
Alors quand Delcourt nous a proposé de rempiler tous les deux pour un roman graphique complet, j'étais ravie. Et la suite de l'aventure a été à la hauteur de mes attentes !
Tristan Garnier : Début 2021, La revue XXI a répondu à un de mes mails en me disant qu'ils appréciaient mon travail et qu'ils voulaient me proposer un vingtaine de pages en bd pour accompagner la sortie du livre de Suzanne. C'était une de mes premières vraies commandes en tant que dessinateur après être sorti de l'école.
J'étais un peu stressé mais le naturel de Suzanne durant nos premières discussions m'a mis tout de suite à l'aise. La première fois qu'on s'est vu physiquement, il me semble que c'était avec Alix (l'éditrice), autour d'un café, pour discuter de notre adaptation !
Qu’est-ce qui vous a attiré, intéressé dans cette histoire tirée de faits réels ?
Suzanne Privat : Mon livre initial est un récit classique avec un pacte de lecture tout simple : suivez-moi pas à pas dans ma découverte d'un groupe religieux caché en plein cœur de Paris depuis 200 ans. Mais déjà je l'émaillais de quelques capsules de fiction en évoquant la vie supposée d'une jeune fille membre de la communauté. Pour cette adaptation j'ai voulu tirer davantage le fil romanesque pour l'incarner différemment.
Tristan Garnier : Personnellement, j'étais très enthousiaste à l'idée de dessiner pour de la fiction : inventer des personnages en partant de rien, leurs mimiques, leur gestuelle. On voulait aussi trouver un angle différent de celui du livre de Suzanne, rien que pour notre plaisir personnel déjà, mais ça a son importance !
Pourquoi choisir d’adapter le roman en BD ?
Suzanne Privat : Pour ma part j'aime autant les images que les mots. J'aime quand l'histoire se déroule en même temps sur deux registres différents, quand le dessin vient apporter un contrepoint aux dialogues ou révéler des choses qui ne passent pas par la parole. Ca permet de créer une narration très dense en peu de pages.
Tristan Garnier : Ce qui est intéressant dans la réalisation d'une bande dessinée, c'est comment l'imaginaire des deux auteurs ont fonctionné ensemble.
Parfois, à la lecture, les images qui me viennent en tête sont aux antipodes de ce qu'avait imaginé Suzanne, ça créer parfois des imprévus, des choses étonnantes. On a tous une relation différente au texte et aux images, l’intérêt de la bande dessinée c'est aussi de toucher un autre public !
Suzanne, avez-vous eu une approche différente pour raconter à nouveau cette histoire ?
Comme je l'ai dit plus haut, je voulais exploiter davantage l'approche fictionnelle. Et je souhaitais explorer les traces que ces vies en marge peuvent laisser chez ceux qui la vivent, ou qui l'ont vécu, mais aussi dans la ville, dans l'imaginaire collectif et dans l'idée que chacun de nous se fait du destin et de la liberté.
J'avais envie aussi d'un personnage animé par une quête intime et profonde, qui ne soit pas du simple registre de la curiosité. C'est ce qui m'a amené à imaginer Salomé qui va remonter le fil de son histoire familiale…