Retour à Lemberg – Interview de Jean-Christophe Camus et Phillipe Sands
Il a fallu une somme de travail impressionnante pour écrire et adapter en BD Retour à Lemberg dans lesquels Philippe Sands fait les récits parallèles de sa famille et des hommes auxquels on attribue les concepts de Génocide et Crime contre l’humanité. Mais avant de pouvoir se plonger dans ce récit d’une profondeur incroyable et dans lequel on est happé dès la première page, revenons sur la collaboration entre les deux auteurs Jean-Christophe Camus et Philippe Sands.
Pourquoi faire une adaptation en BD de ce livre de nombreuses fois primé sorti en 2017 ?
Jean-Christophe Camus : J’ai été très impressionné par la lecture du livre lorsque je l’ai lu en 2019. J’ai immédiatement pensé que ce serait formidable d’en faire une BD afin de le rendre accessible à un autre lectorat et en particulier de jeunes lecteurs. Toutefois, je savais que faire une adaptation d’un tel livre était ambitieux, voire périlleux ! J’ai tout de même contacté Philippe Sands en 2020 pour lui proposer cette adaptation. Il m’a répondu très rapidement en précisant qu’il était « tout à fait ouvert à cette idée ».
Philippe Sands : Le livre est aujourd'hui traduit dans plus de trente langues, mais ce format peut toucher un public nouveau et plus large, ce qui est passionnant.
Philippe, raconter en parallèle l’invention des termes de Génocide ou de Crime contre l’humanité et celle de sa famille c’est choisir. Avez-vous dû faire l’impasse sur des morceaux de votre histoire ?
P. S. : Ce livre est, à bien des égards, un accident. Je ne cherchais pas les choses que j'ai trouvées, à l'exception de la maison de mon grand-père. Ce que j'ai trouvé m'a étonné. Et oui, à la fin, il n'y avait pas vraiment de lacunes !
Adapter une œuvre d’un média à l’autre c’est aussi choisir ce qu’on y fait figurer. Comment choisir ?
J-C. C. : Toute la difficulté est de rester fidèle à l’œuvre originale tout en faisant des impasses sur certains passages. Philippe appréciant la bande dessinée, cela a facilité mon travail. Il n’a jamais remis en question des coupes ou des raccourcis que j’ai pu faire, tant que l’essentiel était là.
Le sujet n’a jamais été autant d’actualité (guerre en Ukraine ou évènements du 7 octobre) avez-vous une motivation pédagogique en écrivant, adaptant ce récit ?
J-C. C. : Lorsque j’ai commencé l’adaptation, la guerre en Ukraine n’avait pas été déclarée. J’étais loin d’imaginer que ces thématiques seraient autant d’actualité aujourd’hui. La motivation première est de transmettre et faire comprendre au plus grand nombre les mécanismes qui conduisent à des crimes tels que ceux que nous avons connu en Europe lors de la Seconde Guerre Mondiale. La force de cet album est également de montrer comment les notions de génocide et de crimes contre l’humanité ont pris place dans les tribunaux à cette époque.
P. S. : Oui, le moment de 1945, où ces nouvelles notions - crimes contre l'humanité et génocide - ont été inventées, est un moment qui mérite d'être protégé et développé. L'idée que les individus et les groupes ont droit à une vie décente est bonne, mais elle est menacée, comme le montre l'actualité. Cette histoire nous rappelle l'importance vitale de l'instant 1945, si précieux et si précieux qu'il était et qu'il est encore.