Nos Adoptions - Bandeau interview Jung
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Nos adoptions - Interview de Jung

Paru le 11.06.2024
L'actu BD

Depuis des années Jung traite de l’adoption dans ses albums. Lui-même enfant adopté, il parvient à traduire avec honnêteté et sensibilité les nombreuses préoccupations qui en découlent : Peur de l’abandon, désir d’amour maternelle, déracinement, reconstruction, culpabilité le sujet est vaste.

Il revient avec Nos adoptions en donnant notamment la parole aux parents biologiques.

Il s’associe à Laetitia Marty avec laquelle il partage cette histoire commune.

Série

La part autobiographique est présente depuis votre premier récit dans Spirou puis moins avec vos premières BD et à nouveau avec Le voyage du PhoenixBabybox et Couleur de Peau Miel qui sort en intégrale. À quel moment est ce devenu une évidence, une urgence de traiter du sujet ?

Le jour où je me suis rappelé pourquoi adolescent je voulais devenir auteur de BD. Toute expérience artistique ou graphique est bonne à prendre, mais j’étais en train de me perdre dans une direction que je ne voulais plus suivre. J’étais dans la démonstration d’un savoir-faire technique, j’avais besoin de montrer à tout le monde que j’étais un bon dessinateur. Sauf qu’en réalité j’étais toujours moins bon qu’un autre artiste plus talentueux dans ce domaine que moi.

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Être continuellement en « compétition » avec les autres est fatiguant, destructeur, vain. Cette situation me faisait souffrir. L’acceptation de soi et l’identité est la base de mon travail, je trouvais cohérent de revenir à l’essence même de ce qui m’avait donné envie de faire de la BD…

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Mettre en lumière l’intime et les blessures de la vie. Cette réflexion cruciale autour de mon travail a donné Couleur De Peau Miel. A partir de ce moment là, j’ai mis mon dessin au service du récit, et non l’inverse.

Lire les premières pages de Nos adoptions

Il y a une dimension cathartique, thérapeutique dans votre oeuvre. Pourquoi la BD fonctionne mieux pour vous que la psychanalyse ?

Je ne sais pas si travailler sur une BD autobiographique comme Couleur de Peau Miel est mieux qu’une psychanalyse. En fait, je ne peux parler que de mon expérience personnelle… Il est certain que ce travail sur l’intime m’a permis de revenir sur mes racines et l’histoire de mon abandon. J’ai pu mettre des mots et des images sur l’origine de mon mal-être et panser des blessures. La dimension thérapeutique de mon autobiographie et ensuite des albums qui ont suivi tel que Le voyage de PhoenixBabybox ou Nos Adoptions ont fait écho comme des récits miroirs auprès d’un public sensible.

Pourquoi avoir invité Laëtitia Marty sur ce triptyque et que vous apportez-vous l’un l’autre dans son élaboration ?

Laëtitia est adoptée d’origine coréenne, comme moi. Nous sommes en phase sur énormément de choses. Notamment sur les questions liées à nos origines. Elle aussi est à la recherche de réponses… Elle a la fibre artistique et un vrai talent d’écriture. Elle écrit avec une aisance et une facilité que je n’ai pas. Notre duo fonctionne à merveille, que ce soit sur Nos adoptions ou nos autres projets BD ou cinématographique. Nous partageons aussi les même valeurs et les mêmes rêves. Travailler à quatre mains tombait sous le sens.

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La lecture des lettres en fin d’album est poignante. Comment êtes-vous arrivé à faire des appels à témoignages et pourquoi ?

Il nous semblait évident que pour faire passer des messages en tant qu’adoptés n’ayant pas retrouvé leurs parents biologiques, nous devions nous appuyer sur des témoignages de la part de nos semblables. Qu’ils aient ou non obtenu une réponse suite à leurs recherches, nous souhaitions qu’ils nous livrent le message qu’ils avaient à transmettre à leurs parents de naissance (retrouvés ou non, vivants ou décédés). Il y avait une forme d’utilité à accompagner notre récit, pour des parents adoptants, des parents biologiques ou des adoptés en questionnement.

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C’était sûrement une façon pour nous de nous sentir moins seuls, avouons-le… et surtout de donner la parole à des « anonymes » issus de notre communauté d’adoptés.

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Nous avons donc lancé un appel à témoignage sur les réseaux sociaux qui a eu à notre grande surprise un franc succès. Nous avons dû sélectionner 26 lettres d’adoptés de toutes origines pour respecter la place dédiée dans notre album, en promettant aux participants de nous prêter nous aussi au jeu.

Découvrir le tome 2 de Nos adoptions

Vous traitez d’adoption depuis longtemps maintenant, ressentez vous plus d’apaisement sur le sujet ? Sans pour autant fermer le livre, est-ce qu’une page est tournée ?

Ce n’est pas tant l’adoption que les questions liés à l’abandon et l’acceptation de soi qui me taraudent. Faire de la BD est plus qu’un «travail » pour moi, il a donné du sens à ma vie. Il me permet de retranscrire des émotions, et de ne pas m’enfermer dans un silence destructeur. Dire les choses et être en accord avec soi-même est vital pour moi. C’est de cette façon, avec Laëtitia que nous avons retrouvé l’authenticité et l’harmonie qui nous définissent quand on se sent bien entourés. Le livre se terminera un jour comme une fleur qui perd ses pétales, mais les pages que je tourne sont tellement belles et apaisantes à lire que j’ai envie d’aller jusqu’au bout.

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