Mousquetaires fantastiques, une nouvelle série signée JC Deveney et Dante
Mousquetaires fantastiques est une nouvelle série jeunesse de notre catalogue. 72 pages de lecture dense aux dialogues raffinés, par l’éclectique scénariste JC. Deveney, sublimées par le trait élégant et les compositions généreuses et pleines d’allant de Dante. Une fable délicieusement décalée sur l’avenir de la planète, expliquée par ses deux auteurs.
Quel est le point de départ de cette histoire à nulle autre pareille ?
JC Deveney - Au départ, il y a l’envie de mêler deux genres que j’affectionne particulièrement : la littérature du XVIIe siècle et les films d’espionnage. Dit comme cela, on peut avoir une impression de grand écart mais en y regardant de plus près, le personnage du mousquetaire et de l’espion sont très proches : ils travaillent pour l’État, déjouent des intrigues et des conflits politiques, voyagent aux quatre coins du monde et peuvent posséder de nombreux gadgets.
C’est en transposant ce dernier élément sur XVIIe siècle, pour que cela soit raccord avec les technologies de l’époque, que l’envie de développer un aspect plus fantastique s’est mise en place. Après tout, si je permettais leur arquebuse, pourquoi ne pas les confronter à des éléments fantastiques et surnaturels ? Je me suis alors retourné vers les littératures du XVIIe, baroque ou classique, qui m’ont fourni de nombreuses pistes et idées.
Comment avez-vous organisé le travail à deux ?
JC Deveney – De manière plus classique (que baroque). J’ai écrit un premier résumé de l’histoire, qui la détaillait scène par scène, sur lequel on a ensuite échangé avec Dante. Il m’a fait part de ses retours, ses envies, ses questions sur les scènes et il a amené de très nombreuses idées. Je dois avouer que je suis admiratif de sa capacité à créer et donner de l’ampleur aux personnages, que ce soit par le dessin ou par des idées sur leur passé, un détail de leur habillement ou bien de leur équipement.
Dans un deuxième temps, j’ai écrit un scénario dialogué page à page mais sans indication précise du nombre de case. Dante s’en est emparé et a amené sa mise en scène et son propre rythme de narration. Là encore, j’aime beaucoup la façon qu’il a de prendre le temps sur certaines pages ou au contraire de proposer des compositions plus aérées et spectaculaires sur d’autres.
Dante – Sur un point plus graphique, j’ai rapidement imaginé et gribouillé ce duo de mousquetaires en respectant les envies de JC. Pour Valère, je me suis inspiré d’un vieil animé qui passait sur la 5 : Sous le signe des Mousquetaires. C’est de la que vient sa coupe de cheveux « modern mullet ». Pour Artimon, le bourru, je suis parti de sa forme animale, un gogue. Gros museau, babines tombantes, petits yeux et sourcils froncés… et chauve, en opposition à Valère. Mais j’aimerais beaucoup le voir avec une perruque dans une prochaine histoire.
Quand à Jean de La Fontaine, c’était un vrai plaisir de l’imaginer en hippy végane, claquettes en cuir végétal. Quand aux planches, ça a été un étrange défi que de changer totalement de personnages en plein milieu de l’histoire. Je maîtrisais tout juste les personnages, qu’il fallait maintenant dessiner les animaux.
Pourquoi avoir détourné des personnages très connus des Français (ayant existé ou issus d’une oeuvre de fiction) pour en faire les héros du livre ?
JC Deveney – Comme je le disais pour alimenter les parties fantastiques ou technologiques, j’ai voulu coller au plus près des textes littéraires du XVIIe siècle. Jean de La Fontaine a fait partie des premiers que j’ai relus et très vite, j’ai imaginé une histoire autour d’une révolte animalière contre les humains avec un personnage de fabuliste. Dans un premier temps, j’ai envisagé que ce dernier soit le «méchant » de ce premier tome. Puis j’ai creusé la biographie de La Fontaine et j’y ai trouvé des éléments (sa charge de Maître des eaux et forêts par exemple) qui m’ont donné envie de le mettre en scène. Et comme je ne le voyais pas en meneur de révolution radicale, il est passé du côté des Mousquetaires fantastiques, même si son point de vue est clairement plus pro-animal.
En réfléchissant à la suite de le série, je me suis dit que ça pourrait être une contrainte intéressante d’avoir un personnage histoire par album. Dans le tome 2, sur lequel nous travaillons, nous aurons ainsi Blaise Pascal en guest star.
Dante – Je trouve l’idée vraiment bonne. Chaque guest apporte son savoir à la mission et cela permet aux lecteurs de découvrir ou redécouvrir ces figures historiques, et par la même occasion de me remettre à jour sur les classiques.
Sous le vernis de l’humour et de l’aventure, quel est le vrai plaidoyer de ce premier tome de Mousquetaires Fantastiques ?
JC Deveney – La série a beau s’ancrer dans la Versailles de Louis XIV, je voulais toutefois qu’elle évoque des thématiques contemporaines. En confrontant les Mousquetaires Fantastiques à une révolte organisée des animaux sauvages, j’avais envie d’interroger notre rapport aux bêtes et à la hiérarchie que nous leur avons imposée, qui nous semble naturelle alors qu’elle n’est qu’une construction de notre part.
Pour cela, Jean de La Fontaine était le personnage parfait, écrivain mais aussi véritable observateur, quasi zoologue, des animaux des forêts. Avec lui, les mousquetaires vont accéder à une fontaine magique dont l’eau vous transforme en animal. En se mettant à leur place, on inverse le point de vue et on permet des compréhensions et des empathies nouvelles. Enfin, je l’espère !