Les Navigateurs de Serge Lehman et Stéphane de Caneva
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Les Navigateurs – Entretien entre Serge Lehman et Stéphane de Caneva

Paru le 01.10.2024
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Après Metropolis, La Brigade Chimérique : Ultime renaissance, Serge Lehman et Stéphane de Caneva se retrouvent autour d’un nouvel album : Les Navigateurs. Les deux auteurs nous racontent ce nouveau projet.

Couverture de la BD Les Navigateurs de Serge Lehman et Stéphane De Caneva - Éditions Delcourt

Metropolis, La Brigade Chimérique : Ultime renaissance… Vous n’en êtes plus à votre première collaboration tous les deux. Comment se passe l’élaboration de vos livres ?

Serge Lehman : Le travail préliminaire est assez léger. Au début, quand le livre en est au stade de la rêverie, on passe quelques heures ensemble avec Stéphane et je lui raconte ce que j’ai en tête… Il n’y a pas de texte écrit à ce moment-là, rien n’est figé. J’enregistre ses réactions, j’essaie de sentir ce qui l’intéresse, ce qui l’enthousiasme, et quand j’attaque l’écriture du synopsis, ces premières impressions me servent de boussole.

Une fois le synopsis bouclé, je l’envoie à Stéphane qui passe plusieurs semaines à chercher les personnages et les grands décors de l’histoire, à saisir les ambiances aussi (dans le cas des Navigateurs, c’était particulièrement important). Et c’est à peu près tout. Ensuite, je livre le scénario dialogué par petits bouts et Stéphane dessine au fur et à mesure. Je reviens très peu sur le dessin mais je refais plusieurs fois les dialogues, jusque sur les épreuves, de manière obsessionnelle.

Les Navigateurs de Serge Lehman et Stéphane de Caneva

Stéphane de Caneva : Les échanges sont fréquents car le script s’écrit au fur et à mesure. Le fait que Serge me l’envoie par très courtes unités de 3 ou 4 pages lui permet de s’inspirer du dessin. Un personnage secondaire peut prendre de l’importance, la manière dont je dessine telle situation peut lui donner des idées pour la suite...

BD Les Navigateurs

Je lui fais donc une confiance aveugle pour tout ce qui concerne le rythme, les rebondissements et la structure de l’histoire. En contrepartie, il me fait confiance sur la manière de faire vivre ces unités. Je ne lui envoie pas de story-board ou d’étapes intermédiaires mais des pages quasi-terminées.

Lire les premières pages

La documentation prend souvent une place prépondérante dans vos récits. A quel moment entre-t-elle dans la création ? Elle en constitue l’origine, elle nourrit l’idée de départ ?

Serge Lehman : Oui, c’est souvent la découverte d’un fait culturel inattendu qui allume la mèche. Ça peut être une oeuvre oubliée, un objet scientifique étrange… Pour Les Navigateurs, c’est « la carte Belgrand » qui a joué ce rôle : une reconstitution du bassin parisien tel qu’il était il y a 30 000 ans, quand le niveau des eaux s’élevait à 60 mètres et que Paris était – littéralement – une mer ; j’ai tout de suite su que j’écrirai un jour une histoire dans ce paysage.

Quelques années plus tard, je me suis intéressé à Odilon Redon, un peintre français de la fin du XIXe siècle, et son oeuvre pleine de créatures fantastiques m’a beaucoup frappé. Les deux influences se sont mêlées et le résultat, c’est Les Navigateurs.

Les Navigateurs - BD

D’où vient le choix de la mise en couleurs en niveaux de gris ? Pour rester dans l’ambiance du graphisme d’Odilon Redon ?

Serge Lehman : C’était assez naturel. Mais je voulais aussi établir une continuité visuelle avec L’homme gribouillé, car les deux albums se recoupent. Ce Paris noir-gris-blanc qui cache des secrets engloutis, c’est finalement mon décor de prédilection.  

Stéphane de Caneva : Le jeu consistait aussi à travailler avec une trousse à outils limitée. Deux ou trois niveaux de gris par page, des cases sans bord, et voir quelles atmosphères il était possible d’imprimer sur les pages. Tenter une approche plus graphique et subjective que réaliste et objective.

Il semble se dégager des éléments communs entre les différentes histoires de Serge, La Brigade chimérique, L’Homme Truqué, Metropolis, Masqué, L’Œil de la nuit. Est-ce que Les Navigateurs s’inscrivent dans une sorte de « Lehmanverse » ?

Serge Lehman : J’en ai bien peur (rires). Mais je veille à ce que chaque récit puisse se lire indépendamment : s’il y a un Lehmanverse, il a la forme d’une constellation qu’on peut explorer dans le désordre.

Les Navigateurs - BD
Les Navigateurs - BD

Le bruit terrifiant que l’on entend dans Les Navigateurs, vous l’imaginez comment ?

Serge Lehman : Le cri d’une montagne vivante dérangée dans son sommeil !  

Stéphane de Caneva : Quelque chose de strident, de douloureux, d’indicible !

Quels sont vos projets à venir ? 

Serge Lehman : Ça fait longtemps que j’ai envie de faire un grand space-opera. Ce sera mon chantier de l’année prochaine.  

Stéphane de Caneva : Après chaque gros projet, je réactive mon micro-label Insolite Comics le temps d’un court one-shot. Je dessine actuellement le prochain, Opéra Imaginarium, qui sera bientôt proposé en financement participatif.

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