Coup de tête
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Lancement de la Collection Coup de tête

Paru le 02.10.2020
L'actu BD

La puissance du sport, les drames de l'Histoire

La collection Coup de tête se lance ! Son but, son axe, son angle, son désir, sa volonté : publier de grands récits autour du sport, des histoires vraies à la croisée de la pratique sportive, de l'histoire et des problématiques sociales et politiques Voici quelques mots de Kris, directeur de collection, sur l’origine de cette collection

Les origines de la collection

Cette collection Coup de Tête s’illustre dans le même registre que le livre Un Maillot pour l'Algérie réalisé avec Bertrand Galic et Javi Rey et paru en 2016 chez Aire Libre. Si je parle de ce dernier livre, c'est qu'il fût évidemment fondateur dans la possibilité de créer cette collection, dont je rêvais en réalité depuis pas loin de 15 ans. Aussi je ne suis pas seul à bord de cette barque éditoriale : aux côtés de la passeuse décisive Lorène de la Crompe, Louis-Antoine Dujardin, déjà éditeur du maillot pour l'Algérie, est mon co-éditeur meneur de jeu.

Et pour marquer le premier but, Bertrand Galic y a signé le premier contrat (même si son premier récit arrivera plus tard). Les deux premiers titres de la collection sont sortis le 30 septembre :

Jujitsufragettes

La naissance d'une passion pour le sport

Pour imaginer une telle collection, il faut évidemment avoir passé son enfance à se noyer dans les flaques de boue des terrains du dimanche, avoir sauté en vain du haut de ses 1m30 pour atteindre l'inaccessible barre, vécu l'école avant tout pour ses cours de récré et accepté ce pull si moche car il ferait un poteau bien visible, vibré face à un écran de 30 cm², devant à peu près toutes les compétitions sportives imaginables, même en noir & blanc, même en crypté s'il le fallait, avoir eu dix ans en 1982 et découvert la dramaturgie au théâtre de Séville, une si chaude soirée de juillet. Les photos ci-dessous prouvent s'il en était besoin notre légitimité enfantine en la matière.

Mais tout cela ne suffit pas. Cette passion pour tout ce qui justifiait de gambader les jambes à l'air n'aurait rien donné si elle ne s'était pas assortie avec le même engouement pour tout ce qui se déclinait en cases, bulles et dessins. Or, là, c'était (presque) le drame : en matière sportive, hormis les albums de Jean Graton et Raymond Reding, glorieux précurseurs, la bande dessinée faisait figure de quasi-désert.

Collection Coup de tête

Pendant ce temps-là (à Vera Cruz ou ailleurs), le cinoche n'était pas beaucoup mieux loti (sauf, un peu, à Hollywood). Néanmoins, même si le genre était (très) loin de compter autant d’oeuvres que le western ou la SF, ou même que la guerre du Vietnam, ces films eurent suffisamment d'impact et de qualités pour confirmer ce que nous étions certainement nombreux et nombreuses à penser : en matière dramaturgique, le sport, c'est de la balle (je la fais courte).

Cocorico : parmi ces films sur le sport, une œuvre française se détache bien au-dessus de toutes les autres. En effet, au firmament de mes plaisirs cinéphiles-le-cul-sur-un-ballon trône un film de Jean-Jacques Annaud. L'homme deviendra réellement célèbre un peu plus plus tard en filmant des hommes des cavernes et des ours. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Quoiqu'il en soit, le film porte un nom que les jeunes générations prennent pour un hommage au meilleur poète en crampons que nous ayons jamais eu, aka Zinedine Zidane : Coup de tête. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Boxe ! La saga des frères Acariès

Mon album Platini

PS : à l'instar du scénario de Francis Veber dans Coup de tête, sachez que la collection ne cherchera pas du tout à aligner les biopics de sportifs/sportives célèbres (même si ceux-ci seront forcément bien représentés). Au contraire, nous rêvons tout autant de récits mêlant amateurs/amatrices inconnu.e.s, Clochemerle et Siddi-Bel-Bled, épopées improbables et loosers magnifiques, Ken Loach et Raoul Peck.

La suite des épisodes sur l'origine de la collection est à retrouver sur le compte Facebook de Kris !

Le compte Facebook de Kris

Jujitsufragettes – Quelques mots par les auteurs Lisa Lugrin et Clément Xavier

Au Royaume-Uni, dans les années 1910, les suffragettes affrontent la répression policière… leur arme : le jujitsu !

La question des sports de combat et de l’autodéfense est centrale dans les mouvements féministes actuels. Nous avons découvert avec étonnement qu’en Angleterre, il y a un siècle, quelques suffragettes avaient déjà franchi ce pas, apprenant le jujitsu pour cesser de subir les agressions dont elles étaient victimes. L’empire britannique autorisait les femmes à pratiquer ce sport, le croyant inoffensif car issu de peuples jugés inférieurs.

C’était un bol d’oxygène de se plonger dans cette histoire parce qu’elle raconte une lutte sociale âpre, rude, mais qui fut néanmoins couronnée de succès. On a presque tendance à oublier que c’est possible. Les mouvements sociaux actuels sont violemment réprimés par la police, et c’était jouissif de voir qu’il y a plus de cent ans, des femmes victimes d’agressions similaires avaient riposté, surtout avec un art martial aussi spectaculaire que le jujitsu.

Lisa va passer prochainement sa ceinture noire de wu dao, un sport proche du jujitsu, dont la pratique fut une révélation, qui a changé sa relation aux autres et à l’espace public. Elle a pris un immense plaisir à décortiquer des prises redoutables et des corps en action.

Cette BD nous a amenés à nous intéresser aux héritières des suffragettes. Nous avons suivi des cours d’autodéfense féminine, rencontré des groupes de femmes en lutte dans les quartiers nord de Marseille, et nous avons découvert une nouvelle génération de militantes qui n’a pas froid aux yeux et promet de mettre K.O. de nombreuses inégalités !

Jujitsufragettes

Croke Park – Quelques mots par le scénariste Sylvain Gâche

Mêlant habilement un grand moment contemporain de réconciliation par le sport et le récit historique d’une terrible opération de contre-espionnage, Richard Guérineau et Sylvain Gâche s’emparent avec souffle de moments clefs de l’histoire irlandaise.

Je cherchais un angle original pour mon premier scénario. Et c’est comme cela qu’avec l’aide de ma compagne, nous avons alors pensé raconter l’histoire, non pas d’un homme, mais d’un stade : Croke Park à Dublin, théâtre d’un massacre odieux perpétré par l’armée anglaise, le 21 novembre 1920, puis, en 2007, d’une « revanche » irlandaise lors d’un match de rugby épique.

De plus, en tant qu’historien, je suis sensible au fait que la parution de l’album coïncide avec le centenaire de ce premier Bloody Sunday. Dans Croke Park, le football gaélique est mis en avant. En montrant quelques phases de ce jeu si cher aux Irlandais, j’ai d’abord cherché à intriguer le lecteur, puis à lui donner quelques bases, pour comprendre ce sport si spectaculaire qui tient autant du foot, que du rugby ou même du handball !

Pour la rencontre de rugby entre l’Irlande et l’Angleterre, je me suis seulement efforcé de respecter les faits de jeu, la dramaturgie de ce sommet de l’histoire du Tournoi des VI Nations faisant le reste. Le lecteur assiste au spectacle, qui se déroule sous ses yeux, et vibre à l’unisson avec le public.

Mais pour bien apprécier un match, dans un stade comme celui de Croke Park, il faut un grand metteur en scène. Je rêvais de Richard Guérineau… et, pour mon plus grand bonheur, séduit par l’ambiance Peaky Blinders, il a accepté de rejoindre mon aventure irlandaise. Grâce à son art du découpage et le soin qu’il apporte au moindre détail. Il nous offre un grand moment de sport et d’histoire.

Croke Park