La Légende des Stryges – Interview avec Corbeyran et Nicolas Begue
La Légende des Stryges racontée par Corbeyran et Nicolas Begue
Quel est votre attachement personnel à l'univers des Stryges ?
Corbeyran : L'univers des Stryges est ma création la plus personnelle. Elle est l'expression de mon attachement à la culture populaire qui se nourrit de faits, mais aussi de mythes, de légendes, d'inventions, d'exagération. La série Le chant des Stryges reste à ce jour mon best seller, ça compte aussi car c'est très motivant d'avoir de nombreux lecteurs qui attendent avec impatience et délectation de découvrir le prochain épisode.
Nicolas Begue : Mis à part un léger aperçu dans mon enfance, je suis malheureusement passé complètement à côté de la série Le Chant des Stryges. J'ai donc eu le plaisir de découvrir ce monument quasiment d'un coup, lui et ses spins off, il y a quelques années lorsqu’Éric m'a proposé de rejoindre l'aventure.
Cette nouvelle itération ravit les fans de la première heure et propose une porte ouverte aux nouveaux venus. Le plaisir reste le même pour toi Éric ? Nicolas, tu parviens à en prendre malgré la stature de cette série patrimoniale ?
Corbeyran : C’était un pari risqué, mais les premiers retours de lecture confirment qu'on a plutôt pas mal réussi notre coup. Quant au plaisir, s'il est absent, autant ne rien faire. Le plaisir reste le moteur numéro un. L'univers des Stryges est une vaste toile que je me plais à compléter, touche après touche, année après année. Ceux qui nous suivent fidèlement depuis le début et ceux qui nous ont rejoint en cours de route partagent ce plaisir. Pour un scénariste, c'est incroyablement excitant de revisiter toutes ces époques sous l'angle d'une réalité alternative.
Nicolas Begue : Je prends toujours un immense plaisir à dessiner et ça ne va que croissant. Le fait de travailler sur La légende des stryges n’est pas une pression, car Éric ne m’en met aucune. Je suis flatté d’être associé à l’univers, et je l’aborde avec autant de sérieux que nécessaire.
Comment travaillez-vous tous deux ? Vous n'en êtes pas à votre première collaboration, votre différence d’âge semble fertile à la création.
Corbeyran : Je n'ai aucun problème avec l'âge de mes collaborateurs. Au contraire. C'est très stimulant de travailler avec des gens plus jeunes. Mon expérience est solide mais elle a besoin d'être challengée en permanence pour ne pas devenir routinière. Nicolas possède un talent fou. Je l'ai tout de suite remarqué. À chaque nouvelle collaboration, on va un peu plus loin ensemble, en affinant ce qui fait notre force et notre identité.
Nicolas Begue : Dès les premiers projets, j'ai trouvé les scénarios d’Éric fouillés et construits de manière très habile. Il est de ce fait aisé de les transcrire en images. On échange par mail principalement et il s'est bien passé quelques années avant que l'on se rencontre en chair et en os. Je suis ravi que notre duo fonctionne bien, preuve en est : nous sortons en moyenne une BD commune par an.
On retrouve une énergie, un talent naturel dans le dessin de Nicolas qui n'est pas s'en rappeler Richard Guérineau au début. Nicolas, tu as essayé de t'adapter à son style ou Éric te l'a proposé car il a naturellement trouvé ton style proche du sien ?
Corbeyran : Quand on compare les styles de Richard et de Nico, ils n'ont rien à voir. Si filiation il y a, elle est plutôt à chercher du côté du talent. L'expérience que ne manquera pas d'acquérir Nicolas confirmera ce que je pense aujourd'hui : c'est l'un des meilleurs dessinateurs de sa génération, tout comme Richard est l'un des meilleurs de la sienne.
Nicolas Begue : En tant que dessinateur, je pense qu'on absorbe toujours un peu des images dont on se nourrit. Mais tout comme l'univers des Stryges, j'ai découvert tard le travail de Richard. Bien que ça me fasse plaisir qu'on y trouve des similitudes car c'est un auteur au talent immense, ma manière de traiter La Légende des Stryges n'a pas vraiment de filiation au niveau de la technicité. Quand Eric m'a proposé ce projet, il m'a demandé un style réaliste avec beaucoup de matières et j'ai essayé d'y coller au mieux.
Chaque diptyque développe un nouvel aspect de la mythologie des Stryges. Vous discutez ensemble de quelle période vous voulez parler selon les envies de chacun ?
Corbeyran : De fait, c'est un peu moi le gardien des clés et du coup c'est moi qui propose les sujets. J'en ai plein en réserve. Même s'il a ses périodes préférées, Nicolas est d'une grande souplesse, ce qui facilite nos échanges dans le boulot.
Nicolas Begue : Jusqu’à présent, je n'ai pas glissé mon nez dans la direction que pouvaient prendre les diptyques. Éric a très probablement encore beaucoup de choses à dire quant à l’étoffement de son univers. Je n'ai pas d'exigence en ce qui concerne les sujets traités. Bien qu'ayant un certain penchant pour le Moyen âge, j'accepte avec une grande joie d'autres périodes. Et il suffit de se plonger dans l'un de ses scénarios pour être complètement convaincu.
On retrouve dans Les eaux du chaos, Sandor Weltman, un personnage connu de la constellation strygienne. Va-t-on retrouver d'autres personnages tirés des spin off ? Nicolas, Éric, vous avez des personnages fétiches que vous aimeriez développer ?
Corbeyran : L'un des buts de La légende des Stryges est de continuer à développer l'univers à travers d'autres époques, dévoiler des secrets civilisationels bien enfouis, découvrir de nouvelles interactions entre les Stryges et les Humains. L'autre objectif important est de retrouver des personnages que l'on a déjà croisés ailleurs. Dans le prochain diptyque, Le sacrifice des Trônes, on retrouve Quentin Vandendorf, le jeune infirme qui est l'un des personnages-clé du Maître de jeu. On croisera aussi Graham Gallagher qui apparait dans la 1ère saison du Chant des Stryges et Amukta Agarval qui a un petit rôle dans la 3e saison.
Nicolas Begue : J'ai toujours eu un penchant pour les antagonistes et aussi les barbus, car c'est toujours plus reconnaissable un barbu. Peut-être aussi par facilité technique ? Si l'occasion s'y prête, je ne manquerai pas d'en ajouter. Les favoris de Weltman dans ce diptyque en attestent d'ailleurs.
L’édition des 40 ans offre un cahier graphique à la fin du tome 2. Lorsque l'on voit la galerie de Stryges dessinées par les grands noms de la BD, on découvre que cette série a aussi marqué la profession. Nicolas, c'est une fierté d'apporter sa pierre à l’édifice ? Éric, c'est une fierté d'avoir fait les plans de l’édifice ?
Corbeyran : Je n'aime pas le mot fierté, je lui préfère ‘’satisfaction’’ . L'univers des Stryges est une vaste fresque et bien des visions peuvent cohabiter. Si je reste le garant de la cohérence du projet, j'adore quand des dessinateurs dont j'admire le boulot, livrent leur interprétation, de manière totalement libre. C'est très inspirant.
Nicolas Begue : Oui ça l'est. Je me sens chanceux qu’Éric ait fait appel à moi pour participer à la continuité de cet univers et ce sur plusieurs albums. De par les rencontres en salons et librairies, j'ai pu me rendre compte que le lien entre lecteurs et Stryges est très vivace et chacun y va de sa petite anecdote. Si la légende permet à d'autres de découvrir ou de raviver la flamme via notre réalisation commune avec Éric et Lucie, j'en suis enchanté.
Quels sont vos projets pour l'avenir ?
Corbeyran : Le monde de la BD va mal, il ne faut pas se cacher la vérité, et l'avenir reste incertain. Mais avec Nicolas nous sommes actuellement en train de développer de grands projets dont on ne souhaite pas encore parler.
Nicolas Begue : Eh bien, face au fait qu'il est toujours un peu délicat de se prononcer, je laisserai les images parler pour moi en temps voulu et j'espère qu'elles arriveront vite !