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Et à la fin, ils meurent - Les mots de l'autrice

Paru le 03.11.2021
L'actu BD

Quels sales secrets cachent les contes de fées ? Lou Lubie aborde avec humour une réflexion sur l'éthique des contes : violence, sexisme, racisme… une exploration culturelle et littéraire passionnante !

Auteurs

Wandrille (éditeur de la BD) - Votre nouveau livre s’appelle Et à la fin, ils meurent. Pourquoi ?

Lou Lubie - L'idée m'est venue avec des amis qui trouvaient les contes de fées trop niais. J'ai pris un malin plaisir à leur raconter quelques-unes de mes fins atroces préférées !

Vous semblez avoir une connaissance exhaustive des contes de fées. De quand date cet intérêt passionné ?

Quand j'étais petite, on n'avait pas de lecteur VHS : je suis donc passée à côté des versions Disney. Par contre, on m'offrait des piles de recueils de Grimm, de Perrault, mais aussi des contes du monde et légendes locales. Ils ont profondément imprégné mon imaginaire.

Qu’est-ce qui définit un conte ? Comment le distinguer, par exemple, de l’heroïc fantasy ou des fables ?

Les contes sont des récits courts et simples qui mettent en scène des personnages archétypaux dans un monde intemporel et magique. Ils sont issus de l’imaginaire collectif de nos ancêtres. Contrairement aux fables, ils n'ont pas de morale explicite — même si certains conteurs s'arrangent pour faire passer la leur en douce... Quant à l'heroïc fantasy, ses personnages sont détaillés, avec leurs forces et faiblesses, dans un univers où la magie obéit à une cohérence.

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Tout le monde pense évidemment à Walt Disney, mais aussi aux contes de Grimm et Perrault. Existe-il d’autres auteur/autrices méconnues ?

Ils sont innombrables ! On trouve des auteurs et autrices dans toute l’Europe et à toutes les époques. D’ailleurs c'est une française, Mme d'Aulnoy, qui a inventé le terme "conte de fées". Personnellement, mon favori est un auteur italien du XVIIe siècle au style délicieusement irrévérencieux, j’ai pris grand plaisir à raconter ses histoires !

On connaît tous quelques références, La Belle au bois dormant, Cendrillon, Le Chat botté, mais j’imagine qu’il en existe quelques méconnus ?

On en connaît à peu près une dizaine sur les... 201 contes de Grimm ! Et c'est sans compter tous les autres auteurs...

À quand remontent les traces les plus anciennes des contes de fées ?

Les contes existent probablement depuis la Préhistoire. Le plus vieux dont on ait une trace écrite date d'il y a 3 000 ans, en Égypte antique — et il est sacrément barré. D’ailleurs, les contes actuels comportent des éléments très anciens : saviez-vous que Cendrillon descend d'un conte chinois du IXe siècle ?

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En lisant votre livre, on découvre des choses qui font froid dans le dos. Sachant que les versions contemporaines, hyper édulcorées, sont déjà sous le feu des critiques, comment les enfants d’avant supportaient-ils cette violence ?

C'est très contemporain de considérer cette violence comme réelle et donc potentiellement choquante. C'est en partie dû au fait qu'aujourd'hui le visuel (illustrations ou dessins animés) laisse peu de place au doute ! Mais traditionnellement, les contes sont oraux et symboliques. Pour la psychanalyse, ils donnent des ressources aux enfants pour affronter leurs peurs : la punition violente des méchants est cathartique.

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Il y a ce grand vent de remise en cause des contes de fées, sont-ils donc intrinsèquement mauvais pour l’enfant ? Faudrait-il les interdire ? Les réécrire ?

Que remet-on en cause exactement ? Récemment, La Belle au bois dormant faisait polémique à cause du prince qui l'embrasse dans son sommeil. Mais, quand on y regarde de plus près, il y a des versions où elle se réveille d’elle-même, et d’autres où elle accueille symboliquement le prince en lui ouvrant sa protection d'épines quand elle se sent prête... En fait, c'est souvent la vision de Disney — où elle reçoit effectivement un baiser non consenti — qui est contestée. Je pense qu'il faut prendre le temps de comprendre les contes (qui les a écrits, dans quel contexte ?) pour ensuite décider de ce qu'on a envie de transmettre, et à qui. Parce que, s'il existe bel et bien une ancienne version où la Belle endormie se fait violer, elle a été écrite... pour les adultes !

Quel est votre conte de fées préféré ?

Petite, j'adorais Les Souliers de bal usés ! C'est l'histoire d'un soldat qui enquête sur les souliers des princesses qui s'usent tout seuls ; il découvre que chaque nuit, elles vont danser avec douze princes enchantés dans un palais souterrain magique. Une escapade secrète vers un monde merveilleux : j'en rêvais !

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