Cette histoire est-elle née il y a longtemps ?
Lorsque je commence à noter les premières idées, il y a cinq ans, je viens de devenir papa, de m'installer en Italie et je suis en train de traverser une véritable crise vis-à-vis du dessin. Un blocage complet. C'est la première fois que ça m'arrive et la tempête durera plusieurs mois durant lesquels j'essaye comme je peux de ne pas me noyer complètement. Parmi les bouées auxquelles je m'accroche, il y a celle d'écrire aussi souvent que possible, chose que je n'avais jamais faite avant. Des bouts de dialogues, des souvenirs, des impressions, des envies... Des choses a priori sans lien les unes aux autres, mais qui font office de « vide-poche ». Pourtant, petit à petit, plusieurs fils conducteurs semblent se préciser avant que je me rende à l'évidence que, depuis plusieurs mois, je suis en train d'écrire une seule et même histoire.

As-tu rencontré des difficultés au cours de l'écriture ou de la réalisation du livre ?
Le plus difficile aura été de trouver le ton. J'ai une fascination pour ce que le cinéma populaire italien des années 50/60 était capable de faire, avec la tragi-comédie. Cette manière de jouer sans cesse avec le grave et le léger, de faire avec beaucoup de générosité des films souvent « bricolés » et sans grands moyens. Quelque chose me touche profondément dans cette manière de faire les choses. Techniquement, j'ai construit un synopsis chapitré assez précis avec toutes les étapes, les rencontres, les rebondissements. Quelque chose pour me rassurer et sur lequel je comptais m'appuyer. Et puis... au moment de dessiner les premières pages, j'ai mis à la poubelle tout ce que j'avais passé des mois à écrire et prévoir. J'ai ressenti le besoin de découvrir le voyage en même temps que les personnages et d'avancer dans ce périple au jour le jour. Comme eux. Alors je suis parti dans une forme d'improvisation qui laissait beaucoup de place pour les changements de trajectoire d'un jour sur l'autre et j'ai passé mon temps à me mettre des bâtons dans les roues et à me coller face à des imprévus. J'ai dessiné pas mal de choses que je n'ai finalement pas gardées. Pour ce livre de 222 planches, j'en ai dessiné plus de 260. Comme pour un film, avoir plein de rushs et couper au montage. Cette méthode un peu hasardeuse et bricolée s'est construite à mesure que j'avançais, doutais, stagnais, repartais ou revenais sur mes pas... C'était quelque chose d'à la fois extrêmement grisant et éprouvant. J'ai aimé faire ce livre dans cet inconfort-là, avec ce sentiment de ne pas tout maîtriser, à l'instar des personnages.

Tu mènes tes héros jusqu'en Italie, le pays natal de tes ancêtres. Qu'y a-t-il de personnel dans ce retour aux sources ?
L'Italie, ce sont mes origines paternelles et un pays dans lequel j'ai passé beaucoup de temps et où j'ai encore de la famille. Ce sont surtout une langue et une culture avec lesquelles j'ai grandi et qui ont construit une partie de ce que je suis. À la naissance de notre fille, ma compagne et moi sommes retournés nous y installer. Il y avait une évidence à vouloir transmettre des choses, à ne pas perdre le fil. Come Prima est imprégné de mes histoires d'enfance, de famille, de souvenirs, de nondits... Des choses comme on s'en trimballe tous. Les questions que je me posais en démarrant ce livre ont évolué et pris des tournures différentes à mesure que j'avançais. La paternité, la fratrie, les racines, les choses que l'on porte en soi sans toujours comprendre d'où elles viennent, les malentendus sur lesquels on n'ose jamais revenir... J'ai beaucoup pioché dans et autour de moi. Pour autant, ce livre est une fiction ! Je voulais raconter une histoire, pas mon histoire.




ALFRED vient au monde en mai 1976 au milieu d’une famille d’artistes. Raconter des histoires avec des dessins devient rapidement une idée f ixe. Complètement autodidacte, il commence à publier aux Éditions Delcourt en 1997. En l’an 2000, il rencontre David Chauvel qui lui propose une série jeunesse, Octave, l’incitant à creuser des orientations graphiques et narratives nouvelles. Depuis, ils collaborent régulièrement sur des ouvrages collectifs comme Paroles sans Papiers (2007) ou Premières Fois (2008). En 2004, il réalise son vieux rêve : adapter Café panique, le roman de Roland Topor, dans lequel il s’essaye, à l’instar du peintre-romancier, à mélanger les techniques. En 2005, il débute la série Le Désespoir du singe sur un scénario de Jean-Philippe Peyraud, et réalise Pourquoi j’ai tué Pierre avec Olivier Ka, qui recevra le Prix du Public et un Prix Essentiel à Angoulême en 2007. Musicien et comédien depuis des années, il monte, avec ce même complice, le spectacle du « Crumble Club » en 2006. Pendant deux ans, dans ce duo-cabaret loufoque, il chante, conte et occupe la place d’ « homme-orchestre » en manipulant divers instruments. En janvier 2009, il publie Je mourrai pas gibier, une adaptation du roman de Guillaume Guéraud, avant de partir s’installer trois ans à Venise, en Italie. Durant cette période, il illustre plusieurs albums jeunesse et commence à travailler à l’écriture de Come Prima. Parallèlement, il creuse de plus en plus le dessin live sur scène et s’embarque dans plusieurs aventures théâtrales/dessinées. Durant les Concerts de dessin du festival d’Angoulême avec Brigitte Fontaine et Areski, mais également avec Yan Péchin (guitariste de Bashung), Hamid Ben Mahi (danseur), le Glob Théâtre et la Compagnie Fracas. En 2010, à l’invitation de Lewis Trondheim, il fait partie de l’équipe fondatrice du virtuel Atelier Mastodonte, chaque semaine dans Spirou. En  mai 2014, il sera l’invité de la manifestation REGARD9, à Bordeaux, avec une exposition de plus de 300 dessins sur l’Italie. Il dessine actuellement l’un des deux albums de la série Donjon quiclôtureront la saga en 2014. David Chauvel et lui collaborent depuis octobre 2012 avec Étienne Daho, autour de la réalisation d’un « making off dessiné » du prochain disque de l’artiste. Il reçoit le prestigieux Fauve d’Or pour Come Prima au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2014. 

Son blog : alfredcircus.blogspot.fr

Photo © Chloé Vollmer-Lo

- 4 avril 2014 : Escale du livre – Bordeaux
Lecture dessinée à cinq mains d’un voyage en Italie.

- 5 avril 2014 : Théâtre Le Cuvier de Feydeau – Artigues-près-Bordeaux
Participation au spectacle Farrayous (cie Fracas)

- 19 mai au 1er juin 2014 : Festival Regard9 – Bordeaux
Exposition - www.rgrd9.com

- 5/6 juin 2014 - Festival de Grateloup,
Remise en scène du Crumble Club, dans une version Jeunesse du spectacle avec Olivier Ka