3 Secondes est un titre surprenant : que sous-entend-il ?
Ça sous-entend un temps très court, mais si ces trois secondes durent tout un album, c'est qu'il y a une raison. En trois secondes, il peut se passer beaucoup de choses, et c'est l'objet du livre. C'est un espace-temps particulier, une tranche de vie sur Terre très courte, mais dans laquelle beaucoup d'événements vont se dérouler et pendant laquelle le lecteur va pouvoir projeter pas mal de choses.

La lecture ne dure pas trois secondes puisqu'on doit prendre le temps de comprendre cette histoire sans dialogues. As-tu réfléchi au tempo du livre, car il est extrêmement important dans cette succession de scènes qui se déroulent simultanément ?
Le tempo graphique du livre s'est imposé de la manière suivante : "l'incrément" (l'indice de grossissement) devait être suffisamment court et à la fois suffisamment ample pour pouvoir avancer dans ce tunnel d'images en ayant le sentiment de découverte. Et il fallait absolument que je puisse garder le contrôle de l'esthétique de l'ensemble de la page.



C'est une BD papier et numérique. Qu'as-tu eu envie de développer et d'explorer dans ce nouvel album ?
On est vraiment dans l'exploration effectivement. Mon envie était de développer un espace temps particulier, et de faire une expérience autour de ça plutôt que de raconter une histoire. 3 Secondes n'emmène pas le lecteur dans une direction précise, mais plutôt dans une expérience Le lecteur n'est pas seulement passif car c'est un polar ludique où il faut trouver les indices que tu as semés au fil des pages. Tu avais envie que le lecteur s'amuse avec ton livre objet ? Exactement. Il y a autant d'indices que de clins d'oeil. Il peut y avoir une lecture policière, mais il peut aussi y avoir une lecture plastique. Il y a aussi une lecture spatiale : tenter de reconstituer l'espace, recomposer la trajectoire de la balle, etc. C'est vraiment un jeu à plusieurs étages, mais avant tout un jeu de lecture. baladerait dans l'image, qui irait n'importe où. Ça pourrait faire l'objet d'un autre projet, mais qui nécessiterait encore plus de mémoire, une vision labyrinthique encore plus forte. D'autre part, on pourrait atteindre les limites d'une certaine compréhension en terme de récit pur... Dans 3 Secondes, on atteint déjà une certaine complexité de lecture, donc si, en plus, on avait autre chose que ce tunnel, on serait dans les trois dimensions. Je me demande même si on ne passerait pas dans un objet numérique mais en 3D. Pourquoi pas ? Prochaine étape peut-être ? Graphiquement, on démarre dans le noir profond et on finit dans le blanc éblouissant. Tu voulais rendre cette progression dans cet album ? Non, c'est une idée qui est venue quasiment à la fin. L'idée de terminer dans le blanc et dans le rien. Je me suis dit que c'était un bel hommage au miroir, et en même temps c'est une manière de casser le miroir. Quand deux miroirs se font face, on est en présence d'un vide : le néant étant effectivement deux faces de miroirs l'une contre l'autre, l'une reflétant de lecture que j'ai envie de partager, et c'est très différent. En ce sens, il s'agit avant tout d'un jeu et d'un espace ludique. C'est non seulement une histoire qui est présentée linéairement, mais ce sont aussi beaucoup d'autres histoires annexes, autant d'arborescences à ce tronc central qui constituent cet album et cet objet numérique.



Il y a tout de même une histoire, sur fond de complot dans le monde du football, au coeur de la FIFA. Tu t'intéresses au football ?
J'aime regarder un bon match comme toute personne qui aime être excitée par l'expérience humaine, mais je ne suis ni un fan ni un accro au foot. J'ai écrit cette histoire de façon un peu automatique. Je n'ai pas essayé de construire une histoire, je n'avais pas envie de diffuser un message. L'histoire aurait pu se passer dans le monde du cyclisme ou de l'haltérophilie s'il y avait eu assez de miroirs à explorer dans ces milieux-là, mais ça a naturellement été le monde du foot. C'est un milieu où l'on peut tout à fait concevoir des histoires de gros sous et des enjeux tels que l'on puisse essayer de tuer des gens. On peut imaginer cette sorte de récit de politique-fiction et d'anticipation. Je n'ai pas voulu viser le football, toutefois il se trouve que depuis que je travaille sur le sujet, ce sport est régulièrement agité par des scandales plus ou moins importants ou même de faux scandales, mais je ne sais pas si c'est une coïncidence.

À propos de meurtre, un tueur tire une balle, mais on ne sait pas vers qui. Est-ce le but de cette histoire : démêler le vrai du faux, se poser des questions ?
C'est une BD où l'on est le héros, un album où notre regard serait la loupe, ou le limier. Il s'agit de fouiller dans les coins, de visiter le hors-cadre, de l'imaginer, de retrouver la trame principale ou de la perdre... Il faut chercher un peu. Dans ce tunnel graphique qui paraît a priori extrêmement rigoureux et qui fait la radicalité de l'objet, possibilité est donnée de s'évader dans le hors-champ, de s'imaginer d'autres espaces et les autres histoires qui s'y déroulent. C'est tout l'intérêt de l'expérience de lecture de 3 Secondes.

Le lecteur n'est pas seulement passif car c'est un polar ludique où il faut trouver les indices que tu as semés au fil des pages. Tu avais envie que le lecteur s'amuse avec ton livre objet ?
Exactement. Il y a autant d'indices que de clins d'oeil. Il peut y avoir une lecture policière, mais il peut aussi y avoir une lecture plastique. Il y a aussi une lecture spatiale : tenter de reconstituer l'espace, recomposer la trajectoire de la balle, etc. C'est vraiment un jeu à plusieurs étages, mais avant tout un jeu de lecture.



La majeure partie du récit se situe en ville, vraisemblablement en Suisse, mais tu nous fais voyager jusqu'à la Lune !
Effectivement, nous allons vivre trois secondes à la vitesse d'un photon en mouvement, donc à 300 000 km par seconde ! Pour qu'il y ait du mouvement pendant ces trois secondes, j'étais obligé d'aller loin : pour faire 900 000 km, nous allons sur la Lune, on en revient et il se passe environ trois secondes. Et pendant ces trois secondes, il se passe évidemment plein de choses.

Cet album a été pensé simultanément pour le papier et pour le numérique. Comment est venue cette idée ?
Au départ, l'idée était avant tout de faire un objet numérique. Puis, en cours d'élaboration, le concept a évolué pour en faire aussi un album papier. Alors que je faisais les sorties laser des dessins pour le format numérique, j'ai commencé à les mettre ensemble pour des raisons pratiques, et je me suis aperçu qu'il y avait un côté esthétique qui apparaissait très intéressant et surtout très différent du résultat numérique. À l'écran, il n'y a qu'une seule image en permanence, dans laquelle on zoome. Sur le papier, je n'avais pas du tout le même effet, c'était même très différent. J'ai réalisé que c'était intéressant de faire un album "livre". On a, dans les deux cas, le même dessin, le même fond, la même trame, le même questionnement sur les personnages, les mêmes protagonistes, mais sur des supports distincts. Ça rend un aperçu différent et avec un travail du regard différent. C'est en ce sens que les deux objets se complètent. Et on peut s'interroger : qu'est-ce que le papier ? Qu'est-ce que le numérique ? Quelle est la différence ? On a les mêmes données et le résultat est différent au niveau de la lecture. Je pense que ça peut générer de belles discussions. De beaux débats en perspective !



Techniquement, il a fallu dès le départ que tu penses les images dans l'optique que ça puisse s'enchaîner ainsi.
Il fallait qu'on soit vraiment dans une idée de ligne droite, de fuite en avant. Je ne pouvais pas me permettre de faire un zoom qui se baladerait dans l'image, qui irait n'importe où. Ça pourrait faire l'objet d'un autre projet, mais qui nécessiterait encore plus de mémoire, une vision labyrinthique encore plus forte. D'autre part, on pourrait atteindre les limites d'une certaine compréhension en terme de récit pur... Dans 3 Secondes, on atteint déjà une certaine complexité de lecture, donc si, en plus, on avait autre chose que ce tunnel, on serait dans les trois dimensions. Je me demande même si on ne passerait pas dans un objet numérique mais en 3D. Pourquoi pas ? Prochaine étape peut-être ?

Graphiquement, on démarre dans le noir profond et on finit dans le blanc éblouissant. Tu voulais rendre cette progression dans cet album ?
Non, c'est une idée qui est venue quasiment à la fin. L'idée de terminer dans le blanc et dans le rien. Je me suis dit que c'était un bel hommage au miroir, et en même temps c'est une manière de casser le miroir. Quand deux miroirs se font face, on est en présence d'un vide : le néant étant effectivement deux faces de miroirs l'une contre l'autre, l'une reflétant le rien de l'autre. On est dans une espèce de vide au carré, concept proprement "Marc-Antoine Mathieusien", et ça m'amusait de terminer ainsi : un personnage a conçu un happening qui joue avec les miroirs. Il se reflète dans un miroir qui se reflète et à la fin, il retourne le miroir et là il n'y a plus rien !





    




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