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Commentaires techniques et historiques

Reconstitution d’un tableau fragmentaire


« Un tableau important peint par Antonello de Messine a nécessité un travail particulier de reconstitution, dans la mesure où il n’en reste aujourd’hui qu’un fragment : il s’agit du Retable de San Cassiano.
Je me suis basé à l’origine sur une reconstitution admise depuis le début du XXe siècle, mais une monographie importante consacrée à Antonello de Messine a remis en question cette reconstitution, alors que j’avais déjà dessiné la moitié de l’album. J’ai contacté son auteur, l’historien de l’art italien Mauro Lucco, pour en savoir davantage, et c’est ainsi que j’ai eu l’occasion de proposer une nouvelle composition à ce tableau en suivant ses conseils. D’après lui, elle serait donc aujourd’hui la reconstitution la plus plausible de ce chef-d’œuvre qui a influencé de nombreux peintres à l’époque. »


Retable de San Cassiano

Antonello de Messine

1475

Huile sur bois,

115 × 65 cm (panneau central),
55,9 × 35 cm (panneau de gauche),
56,8 × 35,6 cm (panneau de droite)

Kunsthistorisches Museum, Vienne

© Web Gallery of Art, created by Emil Krén and Daniel Marx.



Vue de Venise


« Les vues de Venise représentées dans La Vision de Bacchus ont pour source unique les sidérantes gravures réalisées par Jacopo de’ Barbari. Lui et ses assistants ont réussi à faire une topographie extrêmement détaillée de ce labyrinthe de canaux et de ruelles que constitue Venise, et à en dresser une image complète qui nous renseigne aujourd’hui très précisément sur l’apparence de Venise à cette date. Quel vertige cela a dû être à l’époque de contempler ce qui n’est rien de moins qu’une vue aérienne, quelques siècles avant que l’homme ne parvienne à s’élever dans les airs ! »


Vue de Venise

Jacopo de’ Barbari

1500

Gravure sur bois imprimé en 6 feuilles, 139 x 282 cm

Museo Correr, Venise

© Web Gallery of Art, created by Emil Krén and Daniel Marx.


La camera obscura


« On me reprochera peut-être d’avoir mis en scène un dispositif évoquant de façon primitive ce qui deviendra plus tard la camera obscura, alors que son existence au quattrocento n’est généralement pas admise. L’hypothèse a pourtant été formulée par le peintre David Hockney (Savoirs secrets). Hockney a basé son intuition sur un regard attentif porté aux œuvres du début de la Renaissance, et au basculement très radical qu’il a vu s’opérer entre les formes de représentation médiévales et les effets de réalité chez des peintres comme Jan Van Eyck ou Robert Campin. Son enquête l’a conduit à reconstituer une pièce dotée d’une fenêtre, d’un miroir concave, et à réaliser lui-même un portrait à l’aide de la projection lumineuse obtenue. C’est cette expérience qui est à l’origine des scènes où l’on voit Antonello réaliser des portraits depuis cette petite pièce obscure.

Quand j’ai découvert, il y a quelques années, les deux tableaux d’Antonello exposés au Louvre, j’ai été saisi par l’effet de présence des visages peints qui m’ont fait penser à des photographies. L’éclat de ces portraits, leur rigueur et leur simplicité formelle, leur façon de capter le regard du spectateur avec une charge psychologique si intense et si fine, m’ont donné l‘étrange impression que les tableaux environnants, pourtant de la main de grands maîtres tels que Mantegna, étaient finalement ternes et datés.

Ce saisissement a été à l’origine même du sujet de La Vision de Bacchus et du choix de mettre en scène particulièrement Antonello de Messine, et non un autre peintre. »

      

Le Condottière

Antonello de Messine

1475

Huile sur peuplier, 36 x 30 cm

Musée du Louvre, Paris

 

Le Christ à la colonne

Antonello de Messine

1478

Huile sur bois, 29,8 x 21 cm

Musée du Louvre, Paris


© Web Gallery of Art, created by Emil Krén and Daniel Marx.



La peinture à l’huile


« Une légende tenace, propagée par Vasari, raconte que la peinture à l’huile a été introduite en Italie par Antonello de Messine, à la suite d’un voyage dans les Flandres où le Sicilien aurait rencontré Jan Van Eyck, qui aurait mis au point cette technique. En réalité, Antonello n’aurait pu rencontrer le grand peintre flamand puisqu’il avait une dizaine d’années quand Van Eyck est mort. En outre, Jan Van Eyck n’était lui-même pas le véritable inventeur de la peinture à l’huile. Il a plus vraisemblablement développé avec un dosage et un raffinement extrême le mélange de produits (huile de lin ou de noix, pigments, résines) déjà connus depuis le XIe siècle, et résolu le problème du séchage de cette préparation.

Vasari en dit, à la fin de la note consacrée à Antonello de Messine : “Grâce à cette invention, les peintres sont arrivés à donner presque la vie à leurs figures. Cette méthode est d’autant plus merveilleuse, qu’aucun écrivain ne nous apprend qu’elle fût pratiquée par les Anciens.”

Il paraît raisonnable de penser qu’Antonello a pu se trouver à Naples en présence de collections artistiques provenant de divers horizons (Espagne, Provence, Toscane, Flandres). Fort de ces connaissances et d’une curiosité insatiable, il a réussi progressivement à faire la synthèse de tous les savoirs artistiques de son temps. Il n’y a donc pas de raison de remettre en question l’importance d’Antonello dans la diffusion en Italie de cette technique. Mais comment a-t-il découvert le secret du mélange de Van Eyck ? On ne sait pas. Peut-être lui a-t-il été transmis par quelque peintre flamand. Peut-être aussi a-t-il redécouvert des alliages semblables par sa propre expérimentation… C’est cette dernière hypothèse que j’ai faite mienne dans cet ouvrage. »



Les sources de l’auteur

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