Présentation de mon projet BD

Brûlons quelques étapes : vous avez déjà un projet d'album dans vos cartons. C'est évidemment la BD du siècle.
Mais comment lui donner les meilleures chances d'être publiée ?
En suivant nos conseils avisés sur la bonne – et la mauvaise – manière de réaliser un dossier destiné à l'éditeur de vos rêves.

Sachez que nous recevons en moyenne une petite dizaine de dossiers de la sorte chaque jour (courriers et mails confondus). Si un projet nous paraît intéressant, et même si les réponses positives et tardives existent, il se passe rarement plus d'une ou deux semaines sans qu'une prise de contact avec le ou les auteurs soit effectuée.
Au-delà de ce délai, il y a très peu de chances pour que votre dossier puisse nous intéresser. IL NE VOUS SERA PAS RENVOYÉ ET DANS LA GRANDE MAJORITÉ DES CAS, FAUTE DE TEMPS, NOUS NE VOUS RÉPONDRONS PROBABLEMENT PAS DU TOUT. Mais, au cas où, merci de nous indiquer très clairement une adresse mail où nous pourrons vous adresser un commentaire éventuel. Sans cette adresse mail, vous n'aurez aucune chance d'avoir de nos nouvelles.
Nous insistons, ENVOYEZ-NOUS DES COPIES, PAS DES ORIGINAUX.
Bon boulot à toutes et à tous et peut-être à bientôt.



 

À faire

À éviter

À proscrire

Lisibilité

C'est le premier impératif : votre dossier doit être facile à lire ! De préférence, dactylographiez vos textes, et n'omettez pas de "lettrer" vos planches. LA règle d'or : Facilitez-nous la tâche pour augmenter vos chances.

Ratures, rustines, textes écrits de votre plus belle plume que vous êtes l'un des rares à savoir déchiffrer.

Les textes en langues étrangères : les éditeurs ne lisent ni le Persan ni le Grec ! Seul l'Anglais peut être accepté, et encore…

Note d'Intention

Un texte d'une page maximum qui donne l'essentiel : sujet de votre histoire, structure du projet (nombre de tomes, épisodes "bouclés" ou "à suivre", etc.), parti-pris créatif. Faites valoir vos éventuels atouts, par exemple si le thème de votre album peut séduire un public particulier.

Les lettres de recommandation d'autres auteurs ou – pire encore – de professeurs, d'amis, de votre maman : ça ne sert à rien, et même, ça agace !

Ne dites surtout pas que votre projet est magnifique et qu'il va se vendre à des millions d'exemplaires. La vantardise vous décrédibilisera.

Scénario

Rédigez un synopsis de 2 à 5 pages, qui résume clairement et simplement la trame de votre récit. Si votre projet est une série, complétez-le avec de brefs descriptifs des volumes suivants. Si vous êtes scénariste et que vous n'avez aucun dessinateur pour illustrer votre travail, lisez la partie suivante de ce tableau, une case spéciale vous y attend.

Les longs descriptifs avec épanchements littéraires. Un scénario n'est pas un roman !

Le pavé de 100 pages bourrées de texte, sans résumé. Économisez un timbre et réservez-le à vos amis.

Scénariste sans dessinateur

Mettre en relation un scénariste potentiel avec un dessinateur n'est jamais facile. Néanmoins, et sans rien vous promettre, voici ce que nous préconisons habituellement. Envoyer de courts synopsis - sur 2 pages maximum pour un premier tome et la suite de manière plus ramassée - résumant les intentions principales de vos scénarios ainsi qu'une courte description des principaux personnages. Cinq pages de l'histoire sous forme de découpages dialogués sont également les bienvenues pour pouvoir juger de la qualité du rythme du récit et des dialogues.

Les longs descriptifs avec épanchements littéraires. Un scénario n'est pas un roman !

Le pavé de 100 pages bourrées de texte, sans résumé. Économisez un timbre et réservez-le à vos amis.

Planches BD

Envoyez des copies d'au moins trois planches finalisées (c'est-à-dire encrées et lettrées). Sachez que l'éditeur peut apprécier votre travail en noir et blanc, et se charger de trouver un coloriste. Si vos planches sont en couleur "directe" (couleur déposée directement sur la planche originale, comme chez Yoann, Civiello ou Bilal), veillez à la qualité des copies couleurs.

Vous pouvez ajouter quelques planches au stade du crayonné ou du story-board (découpage graphique), mais n'abusez pas : plus vous serez près du "produit final", mieux ce sera.

N'envoyez jamais de planches originales. L'éditeur n'est pas tenu juridiquement de vous les retourner… En général, il le fera quand même, mais de mauvaise grâce : un point de moins pour vous !

Compléments

Si votre projet le justifie par son ampleur ou sa complexité, ajoutez quelques compléments d'information : toile de fond de l'univers où se situe l'action (contexte géopolitique en S-F, par exemple), biographies des personnages (avec illustrations), images d'ambiance… en restant simple et efficace, bien sûr.

Votre dossier n'est pas destiné à être publié tel quel : ne vous embarquez pas dans une mise en page complexe, avec une débauche d'effets graphiques sous une couverture en relief (ne riez pas, ça s'est vu). Focalisez votre énergie sur le contenu, pas le contenant !

La pile de croquis datant de Mathusalem, sans rapport direct avec le projet : vos dessins d'écolier n'intéressent que vous !

Éditeur

Contactez autant d'éditeurs que vous le souhaitez, mais privilégiez ceux dont le catalogue correspond le mieux au style de votre projet. C'est là que vous serez sans doute le mieux accueilli… et votre album le mieux vendu. Cerise sur le gâteau, vous y côtoierez des auteurs dont vous aimez le travail !

En un premier temps, n'envoyez pas votre dossier à un éditeur dont vous n'aimez pas spécialement la production. S'il dit oui à votre projet, vous ne saurez pas s'il faut accepter (au risque de le regretter) ou refuser (au risque de ne pas trouver d'autre éditeur).

Ne donnez pas l'impression (par de petits détails, comme une lettre non signée) que votre envoi constitue un mailing adressé à toute la profession. L'éditeur aime, lui aussi, se sentir désiré !

Envoi

N'hésitez pas à faire simple : un dossier dans une enveloppe normalement affranchie, et c'est parti ! Si vous ne connaissez pas le nom de l'éditeur responsable, indiquez simplement "Service éditorial" : votre projet tombera dans les bonnes mains.

L'insuffisance d'affranchissement (qui obligerait votre destinataire à payer à votre place), les adresses mal écrites... Bref, tout ce qui peut empêcher votre bébé d'arriver paisiblement à bon port.

N'envoyez jamais d'originaux ! Inutile donc de faire des envois en recommandé, c'est laborieux et coûteux. Si vous voulez protéger votre œuvre au plan juridique, voyez ci-dessous.

Internet

Vous pouvez fort bien faire parvenir votre projet à l'éditeur par internet. Cependant, assurez-vous de posséder la bonne adresse e-mail du responsable éditorial : en termes de fiabilité, la toile ne vaut pas la poste.

Les dossiers trop lourds, contenant des images haute définition : vos interlocuteurs n'auront ni la patience ni forcément les logiciels pour examiner chaque élément. Des images au format JPEG et des fichiers texte du type DOC, RTF ou PDF sont idéaux.

Vous êtes sûr qu'un petit virus ne s'est pas glissé dans votre envoi ? Vraiment sûr ? Vérifiez, car si vous mettez toute son informatique à plat, l'éditeur risque de ne pas regarder votre dossier avec les yeux de l'amour…

Réponse

Attendre sereinement : le délai peut varier de 24 heures (ce qui est très bon signe) à ... jamais (ce qui est mauvais signe). La réponse vous parviendra par téléphone ou par mail de préférence si ceux-ci apparaissent de manière claire et lisible dans votre envoi. Même en cas de vif intérêt, l'éditeur voudra vous rencontrer avant de s'engager.

Les relances fréquentes de l'éditeur. Celui-ci est submergé de propositions. Ne le harcelez pas, sous peine de vous faire connaître de lui... en mal.

En cas d'absence de réponse ou de réponse négative, inutile de revenir vers l'éditeur avec insistance ou, pire encore, agressivité. Vous ne le ferez pas changer d'avis... et vous grillerez vos chances pour votre prochain projet, celui qui sera, lui, vraiment au point.

Protection

Certes, vous faites confiance aux éditeurs, mais bon, sait-on jamais, des plagiaires il y en a partout… Vous êtes un vilain parano ! Cela dit, une petite précaution juridique ne coûte rien (ou presque) : 46 euros environ pour un dépôt à la SACD.

Vous pouvez indiquer, sur votre dossier, que votre projet a fait l'objet d'un dépôt. Mais n'insistez pas lourdement : ne donnez pas à aux éditeurs l'impression que vous les considérez comme des escrocs en puissance ! Il y en a qui se sont vexé pour moins que ça.

Dans le formulaire de dépôt désignant les auteurs, n'omettez aucun des créateurs du projet. Votre démarche pourrait vous être reprochée devant un tribunal par le coauteur ne figurant pas dans la liste !

C'est “NON”

Ne baissez pas les bras ! Les auteurs qui signent un contrat sur la présentation de leur tout premier dossier ne sont pas légion. Persévérez dans votre travail, demandez conseil à des pros pour… progresser. Et réessayez.

Appeler l'éditeur pour lui demander de justifier sa réponse. Vu le nombre de propositions, les éditeurs n'ont pas le temps de donner des explications. C'est la (dure) règle du jeu.

La lettre vengeresse à l'éditeur pour lui dire qu'il se trompe complètement… Cela ne lui fera ni chaud ni froid… et bonne chance pour vous représenter devant lui !

C'est “OUI”

Attendez un peu avant de déboucher le champagne : un rendez-vous vous sera proposé avant tout engagement définitif. Préparez-vous à cette rencontre en réfléchissant aux points clés du projet, auxquels vous tenez particulièrement.

Le manque de franchise. Si un éditeur vous répond positivement, mais qu'une autre proposition vous est déjà parvenue, signalez-le. Vous éviterez tout malentendu.

Prendre un crédit sur vos futurs revenus d'auteur : rien n'est encore certain à ce stade !

Rendez-vous

Soyez décontracté, sûr de vous mais pas trop, drôle, brillant… Ou à défaut, contentez-vous d'être naturel, et de tirer le meilleur parti de cette discussion : écoutez les critiques de l'éditeur, ses conseils, et faites-lui part de vos exigences ou inquiétudes.

Oublier les originaux. Ce n'est pas parce que l'éditeur a vu de bonnes copies qu'il ne sera pas intéressé par vos planches originales, bien au contraire. Si votre travail lui plaît, il aura même envie d'en voir plus : apportez aussi vos carnets de croquis !

Toute tentative pour impressionner l'éditeur par autre chose que votre travail. Inutile d'arriver avec des grandes phrases toutes faites ou un accoutrement extravagant acheté la veille : l'édition, ce n'est pas le monde du spectacle !

Contrat

Le voici enfin, ce contrat tant espéré ! Avant de le signer, lisez-le intégralement. Prenez votre temps. Posez toutes les questions qui vous passent par la tête… Tant qu'un contrat n'est pas signé, tout peut se discuter.

Toute précipitation. Vous n'êtes pas obligé de signer à la fin de l'entretien. Si vous le souhaitez, prenez le contrat, lisez-le chez vous à tête reposée, entourez-vous de conseils… Un contrat, c'est un engagement (presque) aussi important qu'un mariage.

Dire "oui" à deux éditeurs. Même si vous les aimez bien tous les deux, il faudra vous résoudre à choisir ! Eh oui, il y a quelques chanceux qui ont l'embarras du choix…



NOTES :

1 - SACD : Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques,

SACD - Pôle Relations Auteurs Utilisateurs
9 rue Ballu
75442 Paris Cedex 09

Tél : 01 40 23 44 55
depot@sacd.fr

Horaires : lundi au jeudi 9h/18h et le vendredi 9h/17h

2 - Pour vous initier aux questions de contrat, rien ne vaut la lecture d'un ouvrage spécialisé tel que "Le Guide de l'auteur de bande dessinée" édité par le musée de la bande dessinée à Angoulême.


Editions Delcourt
54, rue d'Hauteville
75010 Paris

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