Enfin, vous voyez ce qu’on veut dire. Non, vraiment, vous ne voyez pas ? Jetez donc un oeil à Love Blog, vous comprendrez. Pour ceux qui seraient longs à la détente, sachez que Gally et Obion se mettent à nu, dans tous les sens de l’expression. Love Blog est une sorte de carnet de bord de la vie sexuelle d’un couple d’aujourd’hui. Signes caractéristiques ? Une drôlerie contagieuse et une absence de complexes absolument réjouissante. Au départ, Love Blog était un vrai blog qui leur servait de correspondance. Gally et Obion ont décidé d’en faire un album de bande dessinée. Résultat : un mélange de vie vécue, de fantasmes, d’imagination débordante – et de sensualité, bien sûr. Tout y passe : les odeurs, les complexes, les pannes sèches, les mises en scènes sexy ("on dirait que je serais le Petit Chaperon rouge et que tu serais la Mère-grand, d’accord ?"), les discussions existentielles ("dis, ça ne t’a jamais tenté, un plan à trois ?") et l’éternelle recherche du point G (G comme Gally, comme galipettes ou comme gags, au choix). Mais n’allez pas croire pour autant que Gally et Obion ne pensent qu’à ça. Enfin, si, un peu tout de même…








Avant d'être un album de BD, Love Blog a d'abord été un véritable blog...
Obion : Au départ, nous tenions chacun un blog. Quand nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre, nous vivions dans deux villes éloignées, l'un à Brest et l'autre à Nice. Nous avons donc créé Love Blog qui était une sorte de correspondance entre nous. Nous avions déjà l'habitude de raconter nos petites histoires sur nos blogs respectifs, et cela nous a paru naturel de publier des histoires un peu plus personnelles sur Love Blog.
Gally : Nous avons lancé Love Blog quand nous nous sommes rencontrés, il y a cinq ans. Les blogs, c'était vraiment notre moyen d'expression privilégié, et nous avons conçu Love Blog comme une sorte de correspondance publique.

Quel était le contenu de ce blog ?
G : On y trouvait de petites histoires qui n'étaient d'ailleurs pas forcément érotiques. Au début, nous avons publié des dessins d'amoureux. Ensuite, ça a dérapé : nous nous sommes mis à raconter de plus en plus de cochonneries ! Certains visiteurs appréciaient, d'autres se montraient choqués... Nous, ça nous amusait beaucoup. C'était une manière de nous renvoyer la balle : je publiais un dessin et j'attendais dans mon coin la réaction d'Obion. En général, il partait dans la surenchère. Il répondait en publiant de plus en plus de bêtises et de trucs cochons !

Comment passe-t-on d'un blog à un album de BD ?
G : On prend tout ce qu'on a fait, on relit, on jette beaucoup de choses et on en recommence beaucoup d'autres... Nous avons repris très peu d'éléments du blog tels quels pour les mettre dans l'album. Un livre, c'est vraiment un autre travail.
O : Sur un blog, on peut se permettre de publier des dessins lus très rapidement et oubliés le lendemain. On y trouve beaucoup de choses pas très réussies, mais ce n'est pas grave. L'intérêt, c'est d'avancer. À partir du moment où nous avons décidé de nous lancer dans un album de BD, il a fallu réfléchir à une mise en pages et à un autre rythme.

Vous n'avez pas eu peur de vous mettre à nu ?
O : Se mettre à nu, c'est très relatif. Bien sûr, l'album comporte des éléments autobiographiques et les histoires sont inspirées de ce que nous avons vécu. Mais nous essayons surtout de créer une complicité avec le lecteur pour qu'il se retrouve dans ces histoires, sans avoir pour autant l'impression de lire notre propre vie. Je ne me suis jamais posé la question de la mise en danger.

Quelles sont la part d'autobiographie et la part d'invention ou de fantasme ?
G : Nous n'avons pas les pourcentages précis ! Mais cet album est un mélange d'anecdotes vécues ou imaginées, d'envies personnelles et de fantasmes. Dès lors que l'on raconte une histoire en BD, il y a une part de mise en scène. Donc, même si c'est du vécu, certaines choses vont être ajoutées ou racontées autrement pour qu'elles fonctionnent dans un livre.

Comment vous êtes-vous partagé les rôles ?
O : Notre blog fonctionnait sur le principe de la correspondance, chacun essayant de surprendre l'autre. Pour l'album, nous avons beaucoup plus réfléchi ensemble au scénario : Chacun apportait ses idées puis réalisait les dessins dans son coin. Nous avons essayé de conserver la spontanéité du blog pour que l'un puisse rebondir sur les propositions de l'autre.
G : Nous partions d'une situation et nous en discutions pour savoir comment elle allait aboutir. La plupart du temps, nous avons dessiné nos propres histoires, même s'il est arrivé qu'Obion me laisse dessiner une de ses idées. C'était une sorte de partie de ping-pong entre nous deux.

Vous êtes-vous parfois censurés ?
O : Ça nous est arrivé, mais nous avons décidé d'intégrer les pages censurées à l'album ! Ce qui peut être délicat : nous savons très bien, quand nous racontons une histoire, si elle est réelle ou si elle est inventée. Mais le lecteur, lui, ne le sait pas !
G : Nous nous sommes posé la question... Mais à partir du moment où une séquence nous faisait rire, nous avons décidé de la conserver.
O : Il y avait une petite part de provocation dans notre démarche, mais aucune volonté de choquer. Nous étions plutôt comme deux sales gosses qui s'amusent à titiller les gens pour les embêter.
Nous sommes un peu comme ça dans la vie de tous les jours...

Vous vous attendez à des réactions de la part des autres auteurs de bande dessinée ?
G : Dans les festivals, on repérait tout de suite ceux qui connaissaient notre blog...
O : Nous avions plutôt de bons retours. Ce genre de sujet amène les gens à parler facilement de leur vie sexuelle. Mais nous avons réalisé cet album pour nous amuser, sans nous prendre au sérieux.

Love Blog reste placé sous le signe de l'humour ?
G : Oui, mais nous n'avons pas essayé pour autant de caser un gag à chaque page. Nous avons alterné des séquences nostalgiques et d'autres plus mignonnes. Nous racontons tout ce qu'un couple peut vivre au quotidien, même si nous abordons surtout la dimension sexuelle de cette vie de couple. Mais nous n'avons pas voulu tomber dans l'humour "pouet pouet".

Certaines séquences sont même plutôt romantiques...
G : Nous sommes à fond dans notre rôle d'amoureux transis pour qui l'autre est toujours magnifique, même quand il vient de se réveiller...


Gally est née en 1980 à Nice. Elle commence par suivre des études dans une école de commerce avant de s’apercevoir que là n’est pas sa vocation. Elle décide alors de "monter" à Paris, où elle travaille deux ans chez un éditeur, puis un an dans une librairie de bande dessinée. Elle réalise une série de strips sur le site bulledair.com avant de lancer son propre blog BD, tout en participant à divers fanzines ou projets collectifs et en s’essayant à la mise en couleurs. Pendant deux ans, elle dirige la collection Miniblogs qui publiera une vingtaine de mini-albums. Après avoir réalisé quelques récits auto-édités, elle publie en 2008 Sale Morveuse ! (Diantre ! Éditions) où elle raconte la vie de Lola, 30 ans, qui rêve de revenir en arrière pour tout changer dans sa vie et se réveille à l’âge de dix ans... Elle enchaîne la même année, et chez le même éditeur, avec Mon Gras et moi, dont l’héroïne tente de composer avec son corps et avec les canons de beauté imposés par la société.Mon Gras et moi est récompensé en 2009 par le Prix du Public au Festival d’Angoulême. Aujourd’hui, Gally est auteure de bande dessinée à plein temps. Elle coule des jours heureux en Bretagne en rêvant au best-seller qui lui permettra de glander sur une île paradisiaque pour le restant de ses jours. En attendant, on peut suivre ses aventures quotidiennes sur son blog, intitulé missgally.com.
Obion est né en 1977 à Concarneau et vit aujourd’hui à Brest. À vingt ans, il lance avec des amis des Beaux Arts le fanzine Le Violon dingue. Il ne vivra que le temps de six numéros mais lui permettra de soumettre son travail à l’oeil de professionnels aguerris comme Régis Loisel, Patrice Pellerin ou Jean-Claude Fournier. Puis il signe des récits dans des albums collectifs édités par Petit à petit et travaille pour les éditions Mira et AK. En 2003, il publie son tout premier album, Le Déserteur (éd. Delcourt), d’après un scénario de Kris, rencontré à l’époque du Violon dingue. Toujours avec Kris, il raconte les aventures de deux jeunes auteurs de BD, Kr et Ob, à travers les strips de Kr-Ob-art publiés dans Pavillon rouge, le magazine des Éditions Delcourt, puis sur le site de bande dessinée bulledair.com. Il publie aussi un Mini-blog intitulé La Mauvaise Graine et participe au collectif consacré au chanteur Dominique A (éd. Charrette). En 2005, il remporte le Prix du Ballon rouge au Festival de bande dessinée de Saint-Malo. En 2007, il signe l’album Vilebrequin en compagnie d’Arnaud Le Gouëfflec (éd. KSTR), avant de reprendre les personnages de Marvin Rouge et du Roi Poussière pour le tome 109 de la série Donjon Crépuscule, écrite par Lewis Trondheim et Joann Sfar (éd. Delcourt). Son blog : obion.fr