Avant d'être un album de BD, Love Blog a d'abord été un véritable blog...
Obion : Au départ, nous tenions chacun un blog. Quand nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre, nous vivions dans deux villes éloignées, l'un à Brest et l'autre à Nice. Nous avons donc créé
Love Blog qui était une sorte de correspondance entre nous. Nous avions déjà l'habitude de raconter nos petites histoires sur nos blogs respectifs, et cela nous a paru naturel de publier des histoires un peu plus personnelles sur
Love Blog.
Gally : Nous avons lancé
Love Blog quand nous nous sommes rencontrés, il y a cinq ans. Les blogs, c'était vraiment notre moyen d'expression privilégié, et nous avons conçu Love Blog comme une sorte de correspondance publique.
Quel était le contenu de ce blog ?
G : On y trouvait de petites histoires qui n'étaient d'ailleurs pas forcément érotiques. Au début, nous avons publié des dessins d'amoureux. Ensuite, ça a dérapé : nous nous sommes mis à raconter de plus en plus de cochonneries ! Certains visiteurs appréciaient, d'autres se montraient choqués... Nous, ça nous amusait beaucoup. C'était une manière de nous renvoyer la balle : je publiais un dessin et j'attendais dans mon coin la réaction d'Obion. En général, il partait dans la surenchère. Il répondait en publiant de plus en plus de bêtises et de trucs cochons !
Comment passe-t-on d'un blog à un album de BD ?
G : On prend tout ce qu'on a fait, on relit, on jette beaucoup de choses et on en recommence beaucoup d'autres... Nous avons repris très peu d'éléments du blog tels quels pour les mettre dans l'album. Un livre, c'est vraiment un autre travail.
O : Sur un blog, on peut se permettre de publier des dessins lus très rapidement et oubliés le lendemain. On y trouve beaucoup de choses pas très réussies, mais ce n'est pas grave. L'intérêt, c'est d'avancer. À partir du moment où nous avons décidé de nous lancer dans un album de BD, il a fallu réfléchir à une mise en pages et à un autre rythme.
Vous n'avez pas eu peur de vous mettre à nu ?
O : Se mettre à nu, c'est très relatif. Bien sûr, l'album comporte des éléments autobiographiques et les histoires sont inspirées de ce que nous avons vécu. Mais nous essayons surtout de créer une complicité avec le lecteur pour qu'il se retrouve dans ces histoires, sans avoir pour autant l'impression de lire notre propre vie. Je ne me suis jamais posé la question de la mise en danger.
Quelles sont la part d'autobiographie et la part d'invention ou de fantasme ?
G : Nous n'avons pas les pourcentages précis ! Mais cet album est un mélange d'anecdotes vécues ou imaginées, d'envies personnelles et de fantasmes. Dès lors que l'on raconte une histoire en BD, il y a une part de mise en scène. Donc, même si c'est du vécu, certaines choses vont être ajoutées ou racontées autrement pour qu'elles fonctionnent dans un livre.
Comment vous êtes-vous partagé les rôles ?
O : Notre blog fonctionnait sur le principe de la correspondance, chacun essayant de surprendre l'autre. Pour l'album, nous avons beaucoup plus réfléchi ensemble au scénario : Chacun apportait ses idées puis réalisait les dessins dans son coin. Nous avons essayé de conserver la spontanéité du blog pour que l'un puisse rebondir sur les propositions de l'autre.
G : Nous partions d'une situation et nous en discutions pour savoir comment elle allait aboutir. La plupart du temps, nous avons dessiné nos propres histoires, même s'il est arrivé qu'Obion me laisse dessiner une de ses idées. C'était une sorte de partie de ping-pong entre nous deux.
Vous êtes-vous parfois censurés ?
O : Ça nous est arrivé, mais nous avons décidé d'intégrer les pages censurées à l'album ! Ce qui peut être délicat : nous savons très bien, quand nous racontons une histoire, si elle est réelle ou si elle est inventée. Mais le lecteur, lui, ne le sait pas !
G : Nous nous sommes posé la question... Mais à partir du moment où une séquence nous faisait rire, nous avons décidé de la conserver.
O : Il y avait une petite part de provocation dans notre démarche, mais aucune volonté de choquer. Nous étions plutôt comme deux sales gosses qui s'amusent à titiller les gens pour les embêter.
Nous sommes un peu comme ça dans la vie de tous les jours...
Vous vous attendez à des réactions de la part des autres auteurs de bande dessinée ?
G : Dans les festivals, on repérait tout de suite ceux qui connaissaient notre blog...
O : Nous avions plutôt de bons retours. Ce genre de sujet amène les gens à parler facilement de leur vie sexuelle. Mais nous avons réalisé cet album pour nous amuser, sans nous prendre au sérieux.
Love Blog reste placé sous le signe de l'humour ?
G : Oui, mais nous n'avons pas essayé pour autant de caser un gag à chaque page. Nous avons alterné des séquences nostalgiques et d'autres plus mignonnes. Nous racontons tout ce qu'un couple peut vivre au quotidien, même si nous abordons surtout la dimension sexuelle de cette vie de couple. Mais nous n'avons pas voulu tomber dans l'humour "pouet pouet".
Certaines séquences sont même plutôt romantiques...
G : Nous sommes à fond dans notre rôle d'amoureux transis pour qui l'autre est toujours magnifique, même quand il vient de se réveiller...