Océanerosemarie a tourné pendant plus de 4 ans avec son spectacle, enchaîné plus de 500 dates, devant près de 40 000 spectateurs, mais ne s'attendait pas à voir sa performance aboutir à un livre de bande dessinée.

Es-tu lectrice de bande dessinée ?
Je le suis devenue tardivement ! J'ai grandi dans une maison sans BD, donc je piquais les Boule et Bill chez mes copains quand j'étais petite… Du coup, j'ai pas mal de retard à rattraper, mais je suis de plus en plus fan de BD. Mes deux grands chocs de ces dernières années ont été Bastien Vivès et… Manara ! (Oui, je l'ai dit, je suis en retard !)



Comment as-tu réagi lorsque tu as reçu la proposition de Sandrine d'adapter ton spectacle en BD ?
J'ai tout de suite été voir son travail et j'ai immédiatement été emballée ! Je trouve son trait vraiment fin et juste, émouvant. J'apprécie les gens qui viennent du dessin et ne font pas juste des personnages grossiers, j'aime la précision. Et ses couleurs très travaillées aussi m'ont beaucoup plu, donc j'ai tout de suite eu envie de voir ce que ça donnerait avec mes personnages !

Cette histoire est la tienne, et les protagonistes de ce récit aussi. Ressemblent-ils à ceux que tu connais ?
Oui il y a des personnages directement inspirés de ma vie privée et d'autres que j'ai inventés, mais ils partent tous de gens que j'ai pu croiser ou observer, même si je n'avais pas un lien direct avec eux. Par exemple, je n'ai jamais fait de foot dans ma vie, mais des « Brandon », j'en ai croisé beaucoup !




Quel message souhaitais-tu transmettre au travers de ton texte, d'abord sur scène, puis au fil de ces pages ?
Mettre à mal tous les clichés sur les lesbiennes parce qu'il y en a encore beaucoup trop, et rappeler qu'au fond, on est tous pareils ; on fait ce qu'on peut pour se construire, rencontrer l'amour, trouver notre place dans le monde, qu'on soit homo ou hétéro.
Nous, les homos, nous n'avons rien eu ou presque dans la fiction, des contes pour enfants aux films de cinéma, qui ait parlé de nous en tant qu'homosexuels puisque les héros sont presque toujours hétéros. Et pourtant, ça ne nous a pas empêchés de nous identifier, d'être émus, touchés. J'aimerais que les hétéros puissent faire de même, car je crois que l'humanité d'un personnage est toujours identifiante, quelle que soit l'orientation sexuelle mise en avant, et je trouve toujours ça stupide quand on dit « ça ne va intéresser personne si les héros sont gays », comme si nous, les gays, on n'allait pas lire une BD ou voir un film parce que les héros sont hétéros !

Tu as rencontré un succès incroyable avec ce spectacle, mais cette nouvelle vie en images le prolonge encore et fixe ainsi tes débuts en tant que one-woman sur scène. Quelle émotion as-tu ressentie lorsque tu as découvert les pages de Sandrine ?
J'ai été très émue, parce que Sandrine a su faire exister les personnages que je joue seule sur scène, en les incarnant avec une gueule, un corps, en comprenant parfaitement mon univers et en allant parfois même encore plus loin dans l'humour et la créativité ! Quand on a quelque chose en tête qu'on montre comme on peut, simplement avec son propre corps et sa voix sur scène, c'est toujours un peu frustrant… Et du coup, c'est complètement magique et euphorisant de voir apparaître ces personnages sur le papier !


Sandrine Revel, à l'origine de cet album, s'engage personnellement et, au travers de cette adaptation, livre son œuvre la plus intime.

Quelle drôle d'idée que celle d'adapter un one-woman show ; une première en bande dessinée ! D'où est venue cette envie ?
On va dire que je suis une lesbienne invisible ! Il était temps de sortir du placard à 43 ans, et de réaliser une bande dessinée qui m'engage personnellement. D'ordinaire, je dessine pour les enfants. Mais là, comme une évidence, j'ai contacté Océanerosemarie après être tombée par hasard sur une vidéo de son spectacle La Lesbienne invisible. En avril 2012, j'assistais pour la première fois à son show à Bordeaux et ce fut le coup de cœur. Océane parvient, avec une écriture sincère et rafraîchissante, à nous parler de l'homosexualité féminine sans complexe, sans voyeurisme, loin des clichés habituels, avec un point de vue très personnel, c'est-à-dire avec l'œil et les sensations d'une jeune lesbienne dont personne ne croit à l'homosexualité : flash-backs, visions, réalisme… Le rythme est rapide. Bref, tout était là pour réaliser une vraie BD qui parle enfin de l'homosexualité féminine avec humour et intelligence.



Océanerosemarie a-t-elle facilement et rapidement accepté ?
Elle n'a pas accepté rapidement mais elle a été partante tout de suite. Nous devions faire connaissance avant de vraiment nous lancer dans l'aventure. Nous nous sommes vues une fois à Bordeaux et une autre fois à Paris pour tisser un lien de confiance et puis nous nous sommes mises au travail quelques semaines après.

Tu n'as donc pas travaillé sur un scénario classique, mais à partir du texte du spectacle. Quelles difficultés as-tu rencontrées ?
Je n'ai pas rencontré de grosses difficultés. Il est évident que la différence est grande entre un scénario classique et le texte d'un spectacle, mais je me suis adaptée comme je le fais toujours quand je travaille avec un nouveau scénariste. Le séquentiel était pratiquement là, il me restait à faire le découpage. Il s'est fait au fur et à mesure de l'avancée des planches. Océanerosemarie m'a aidée à faire les bons choix, comme par exemple relater les événements de sa vie en respectant une chronologie, ce qui n'est pas forcément le cas dans son show. 




Océanerosemarie t'a-t-elle décrit physiquement les différents personnages qu'elle interprète sur scène ou bien t'a-t-elle laissé entière liberté ?
Les deux mon Colonel ! Certains personnages devaient se rapprocher physiquement d'une idée bien précise d'Océanerosemarie. Elle me mettait sur des pistes en comparant ses personnages à des acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses… Je savais à peu près où j'allais. Mais elle m'a aussi laissé beaucoup de liberté d'interprétation, je pense au personnage de Frédérique par exemple, mais ce n'est pas la seule. Je circule un peu dans le milieu lesbien bordelais, ça a été source d'inspiration non négligeable !



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