Tome 1, pp. 24, 42
Le bleu indigo est l’un des plus anciens colorants connus et reste aujourd’hui très employé, la mode des jeans, dans les années 1960, lui ayant donné une nouvelle jeunesse [1]. « L’indigo est tiré d’une plante, l’indigotier, une légumineuse de la famille des papilionacées, qui pousse en abondance, dans certains coins de la Manchourie et de la Chine du Nord. L’indigo se trouve à l’état latent, en quelque sorte, dans la tige et les feuilles de l’indigotier. Pour l’en faire sortir, il faudra toute une série de réactions chimiques, les unes biologiques, les autres industrielles » [2].
Les colorants et pigments ont de tout temps été des matières premières prisées, indissociables de l’histoire du commerce et de l’industrie. La question d’une exploitation des colorants à échelle industrielle a commencé à se faire cruciale dès le milieu de XIXe siècle, comme en atteste cet extrait de la Revue générale des Sciences pures et appliquées de 1890 : « Après la remarquable étude que M. le Professeur Haller a consacré à l’indigo, il est inutile d’insister sur l’importance de la lutte engagée entre deux adversaires actuellement encore dignes de triompher : l’Industrie, fécondée et inspirée par la Science, et l’Agriculture, longtemps immobilisée dans des pratiques séculaires, mais décidée, elle aussi, sous la poussée de la concurrence, à s’inspirer des données scientifiques » [3] .
Le jeune Fritz Haber, qui s’était rendu compte très rapidement que les productions de garance (plante végétale fournissant du colorant rouge) d’Alsace, du sud de la France et d’Algérie avaient été ruinées par l’introduction de l’alizarine – son équivalent synthétique –, s’intéressa fortement à l’indigo [4] . « Le commerce de l’indigo, au XIXe siècle, était contrôlé par l’Angleterre, qui avait établi aux Indes de nombreuses plantations et indigoteries. Ce ne sera bientôt qu’un souvenir, sous les coups de la BASF, qui, après la synthèse de l’alizarine, va réussir celle de l’indigo. [...] Entre la prise du premier brevet en 1880 et la commercialisation, il s’est écoulé 17 ans, pendant lesquels la BASF a investi 18 millions de marks-or, une somme supérieure à la valeur du capital de l’entreprise. Cet investissement se révèle profitable : en 1897, l’Angleterre commercialisait 10 000 tonnes d’indigo naturel, et l’Allemagne 600 tonnes d’indigo de synthèse. En 1911, les chiffres sont de 870 tonnes de produit naturel et de 22 000 tonnes d’indigo artificiel. Le gouvernement britannique a beau privilégier l’indigo naturel pour les uniformes militaires, on voit se répéter pour les planteurs anglais ce qui s’est produit pour les producteurs de garance en France. Entre 1886 et 1914, 90 pour cent du commerce de l’indigo de l’Inde avec l’Europe s’est évanoui. Aujourd’hui, la Société BASF reste le principal fabricant d’indigo, avec, en 1997, 40 pour cent de la production mondiale, estimée à 17 000 tonnes, de quoi teindre 800 millions de paires de jeans » Pour la Science HS n° 27, La Couleur, avril 2000, p. 56..
ajouté le mardi 2 octobre 2007, par David V
[1] Pour la Science HS n° 27, La Couleur, avril 2000, p. 56.
[2] Encyclopédie Hachette À travers le monde, 1895, p. 237.
[3] Revue générale des sciences pures et appliquées, 1890, p. 759.
[4] Michel Rival, Les Apprentis Sorciers, Le Seuil, 1996, p. 32.