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AUGUET Juif Errant

AUGUET, Roland, Le Juif Errant, Payot – 1977.

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Le Juif Errant

Les légendes n’ont guère d’histoire et il est difficile d’identifier leur passé. Celle du Juif Errant que l’on réduit en général à une transposition symbolique de l’errance à laquelle l’histoire a si longtemps condamné le Peuple Juif, fait exception parce que sa genèse et sa diffusion ont obéi à des données idéologiques complexes.

Ce sont les pèlerins du Moyen Age qui, imprégnés d’une littérature qui avait largement diffusé le thème de la culpabilité juive liée à l’accusation de déicide, ont inventé en la personne de Malchus, le personnage du Juif condamné à un châtiment éternel.

Le paradoxe est que ce Juif maudit, à une époque qui se situe en gros au début du XVIIe siècle, va se métamorphoser en « bon Juif ». en même temps que son errance, jusqu’ici discrète-, tend de plus en plus à définir le personnage. Cet élément « spectaculaire y va assurer la diffusion de la légende par le moyen de la complainte, des brochures populaires et des romans de colportage : rien d’étonnant donc à ce que cette légende nourrisse le folklore, qu’il soit russe ou breton : on assiste à la fusion d’une littérature faite pour le peuple et d’une littérature orale faite par le peuple…

Mais au-delà de ces mécanismes de propagation, les raisons profondes de la métamorphose et du succès de la légende sont a chercher dans l’histoire et la sociologie : apparition du Protestantisme et surtout évolution des rapports entre la Chrétienté et les Juifs ou, si l’on préfère, histoire de l’antisémitisme chrétien.

Au XIXe siècle la légende, sous l’influence des écrivains, acquiert une signification symbolique nouvelle qui est d’ordre politique : l’image du cordonnier de Jérusalem se confond avec l’image du Peuple. Mais si la littérature peut rendre une légende immortelle, elle peut aussi la tuer.

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ajouté le mardi 16 octobre 2007, par David V