Pourquoi avoir voulu aborder les rapports mère/fille ?
Lorsque j'étais adolescente, j'ai perdu ma mère avec qui j'avais des rapports très fusionnels (ce qui est tout le contraire de l'histoire d'Agathe). Et une amie de ma mère, voulant peut-être à sa manière bizarre me "changer les idées", s'est mise à me raconter sa propre histoire, par petits bouts… Cela peut sembler étrange, mais ce n'était pas une si mauvaise initiative : j'ai au moins compris que d'avoir eu une enfance joyeuse, tendre, c'était réellement important. Que j'avais eu la chance d'avoir une vraie mère…
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Lettres d'Agathe
Scénario :
Nathalie FERLUT
Dessin et couleurs : Nathalie FERLUT
Collection : Mirages
En librairie le 23 avril 2008
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Voilà : c'est une histoire que j'ai gardé dans un petit coin de ma mémoire. Avec le temps, j'ai mieux compris les deux protagonistes, compris que c'était au delà de la gentille petite fille et la méchante maman, l'histoire de deux êtres humains. Que si leur rapport est détestable, elles ont toutes deux besoin d'affection, de reconnaissance. Mais, pour dire les choses simplement, la mère est incapable de lui en donner, puisqu'elle se sent elle même petite fille. Avec ses fils, ça va : elle joue, elle les valorise. Mais Agathe lui rappelle toujours qu'elle n'est plus cette petite fille.
C'est à mon sens la partie la plus problématique du rapport mère-fille : ce que la mère voit dans sa fille, ce sont ses propres défauts, une projection de ce qu'elle a été et voudrait bien corriger… Et s'y ajoute une forme de "révisionnisme" : je n'étais certainement pas comme toi à ton âge ! (ce qui est souvent faux !).
Pourquoi avoir opté pour la forme épistolaire ?
Épistolaire, si l'on veut puisqu'il n'y a pas de réponse. C'est la lettre que l'on voudrait écrire à quelqu'un, pour lui dire ce qu'on a sur le cœur, ou pour clarifier une situation, et puis que l'on n'écrit jamais parce que ce serait inutile, malvenu ou simplement ridicule. Ou que le destinataire n'est plus en mesure de lire. Bref : c'est assez classique ! C'est une sorte de défouloir imaginaire : l'écrire en rêve en expliquant tout, en choisissant les mots vengeurs ou apaisants, en mettant en scène son émotion, fait déjà du bien. D'ailleurs, assez souvent, une fois qu'on s'est imaginé l'écrire, on ne passe pas à l'acte : c'est devenu inutile !
Pour répondre à la question sur un plan plus technique, cette forme me permettait de donner de la vie à un récit essentiellement narratif, d'interpeller la destinataire, de pouvoir mettre de l'agressivité ou de l'émotion… De rappeler aussi à chaque instant que c'est bien Agathe qui parle à sa mère. Peut-être voulais-je mettre les autres protagonistes en dehors de leur histoire à elles deux. En fait, c'est arrivé comme ça : j'ai longtemps cherché comment raconter cette histoire. La scénariser de manière classique me paraissait presque obscène : j'avais l'impression de voler les anecdotes de quelqu'un d'autre, de les travestir avec un peu de technique. Et puis, ensuite, j'ai commencé à raconter les choses comme ça, en devenant la voix du personnage, sa colère est devenue la mienne… sans artifice. En tout cas sans que moi, j'en perçoive l'artifice. Et là, c'est devenu possible.

Et en trois volets précisément ?
Il y a bien trois parties : l'enfance, le passage à l'âge adulte puis le retour sur le passé (celui d'Agathe mais surtout celui de Marie, sa mère). Mais le récit se découpe plutôt en petits chapitres, en anecdotes liées entre elles par leur sujet. Un peu comme lorsque l'on raconte des souvenirs : ils ne sont pas toujours en ordre chronologique…
Au-delà de cette relation douloureuse, quels autres sujets sont abordés dans Lettres d'Agathe ?
Oh là ! Plein ! Des tas ! La théorie du Big bang, la défaite de l'Empire face aux rebelles de Tatooïne, et les grands moments du Be Bop dans les caves de Saint-Germain-des-Près… Mais tout cela est très sous-jacent. En premier lieu, j'ai pu parler du rapport au corps. La mère d'Agathe ne lui parlait pas : elle a dû découvrir toute seule puberté, menstruations, et sexualité. Ce qui n'a d'ailleurs rien d'exceptionnel : ce sont les mères qui expliquaient sereinement ces choses là, qui, semble t-il, étaient plutôt rares dans les années cinquante.
Et puis, il y a d'autres choses : le lien de fraternité, la famille recomposée. Le secret de famille, qui semble monumental vu de l'intérieur et assez banal quand on s'en éloigne. Le suicide aussi, (ou plutôt son pseudo-mystère) qui n'est pas le thème principal de l'histoire mais qui est sans doute moteur de la nécessité pour le personnage de la raconter. Et d'en infliger le récit à charge à la personne qui n'est plus là...
Agathe m'a aussi donné l'occasion de dessiner des maisons et des paysages méditerranéens. Donc, quoique ce soit son histoire, ce sont les décors de mon enfance, ce qui était assez troublant mais vraiment très agréable.
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