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Accueil > Aller plus loin > Dossiers BD > Interview de Lupano pour Les Aventures de Sarkozix






L’année 2010 verra la naissance d’un nouveau héros comique de BD : il est petit, il a un gros nez, il est mégalo et il dirige à lui tout seul tout un pays qui s’appelle la France ou plutôt la Gaule ! Voici donc Les Aventures de Sarkozix et de ses joyeux acolytes : Fillus, Tapix, Johnnyx, Alliomarix, Carlabrunix et bien d’autres… avec lesquels vous revivrez les épisodes les plus marquants de l’ère sarkozyenne transposés à Lutèce en l’an 1 après JC (Jacques Chirac bien sûr !)… Deux tomes paraîtront durant l’année 2010, car notre héros est particulièrement productif en matière d’humour et nous devons nous presser pour suivre son rythme !


Wilfrid Lupano, après des séries d’aventures comme Alim le Tanneur et L’Honneur des Tzarom, pourquoi vous attaquez-vous à la BD politique ?
Je m’intéresse beaucoup à la politique, mais si Guy ne m’avait pas proposé ce projet, je ne me serais peut-être jamais lancé. Il avait cette idée en tête, cette envie de positionner Sarkozy en petit tyran gaulois (ou plutôt gallo-romain), et l’idée m’a paru excellente. Il me semblait que cette période offrait le cadre parfait pour développer une comédie politique, si on appréhendait l’Empire romain comme étant le système libéral dominant, américanisé, et la Gaule comme un pays au passé glorieux mais incapable de proposer une véritable alternative moderne : comment rester soi-même et faire croire aux gens qu’on pèse encore sur les décisions essentielles, quand tout se joue ailleurs ? Ce contexte était parfait pour proposer une relecture ludique et percutante de la vie politique de ce début de millénaire.

Pensez-vous que toutes ces BD sur Sarkozy soient un effet de mode ou une prise de conscience politique ?
Ni l’un ni l’autre : c’est plus un phénomène d’arroseur arrosé. Sarkozy l’ultra-communicant paye son omniprésence médiatique en étant la cible privilégiée des caricaturistes. L’absence d’une réelle opposition politique génère aussi probablement un déplacement de la contestation dans le champ artistique : puisque les politiques ne disent rien ou presque, les chansonniers et les auteurs prennent davantage le relais. Avec Les Aventures de Sarkozix, on a cependant essayé de parler vraiment de politique, de ce qui fait véritablement le sarkozysme, à nos yeux. On aborde assez peu le côté people, même si on ne peut pas l’évacuer.

Il existe déjà plusieurs albums humoristiques sur Nicolas Sarkozy. Je pense notamment à La Face karchée de Sarkozy, qui a remporté un grand succès. Ces albums vous ont-il inspiré et comment positionnez-vous votre travail par rapport à eux ?
Je n’ai pas lu La Face karchée. Et pour les autres ouvrages, je n’en ai vu que de courts extraits. L’inspiration ne vient donc pas de là : je m’intéresse de très près à la politique, et le spectacle qu’elle donne suffit largement à nourrir mon inspiration. Mais Les Aventures de Sarkozix a finalement assez peu de points communs avec les précédents ouvrages de BD qui ont été consacrés à Sarkozy, pour ce que j’en ai vu. Car la plupart gardent une approche très dessin de presse qui est totalement absente de notre projet. Notre album, grâce au talent de Bruno Bazile, le dessinateur, est davantage dans la tradition gros nez de la BD à gag en une planche. On réinterprète l’actualité, les temps forts de la présidence Sarkozy, par le biais de la caricature, pour en extraire le sens caché (ou le ridicule). Mais on crée des situations fictives, on extrapole...



Faire de Nicolas Sarkozy un héros de bande dessinée vous a-t-il paru un travail délicat ?
Oui. Pas sur le plan de la personnalité (pour moi, c’est un mélange d’Iznogoud, de Joe Dalton et de De Funès qui se prête très bien au jeu de la caricature bandessinesque), mais surtout parce qu’il y a toujours le risque du syndrome “Jacques Chirac aux Guignols de l’info” : on peut créer un personnage fictif qui rende le vrai attachant.
Or, je dois bien le dire, je ne suis pas très attaché à Nicolas Sarkozy. Je veux dire par là que s’il décidait soudain de se retirer de la vie politique pour se consacrer entièrement au corps de sa femme, ou à la botanique, je le soutiendrais dans ce projet.

Quelles autres aventures attendent Sarkozix ?
Eh bien… Déjà pas Sarkozix à la plage, parce qu’à côté de
De Gaulle, il n’a pas pied. Mais enfin, il a ses propres problèmes, et on le reverra bientôt.

Allez-vous envoyer Les Aventures de Sarkozix dédicacé au Président de la République ? Selon vous, quelle serait sa réaction à la lecture de votre album ?
Je le lui dédicacerai avec plaisir. Par contre, c’est la crise...
Il devra aller chez son libraire, comme tout le monde.


Wilfrid Lupano est né en 1971 à Nantes mais a passé une grande partie de sa vie à Pau. Il réside aujourd’hui à Toulouse. Ses parents lui transmettent leur passion pour le Neuvième Art et il s’intéresse très jeune aux techniques narratives de la BD. Mais c’est surtout par une pratique assidue du jeu de rôle qu’il se forge un savoir-faire de raconteur d’histoires. Après une première série dessinée par Fred Campoy, Little Big Joe (2 tomes chez Delcourt), Wilfrid Lupano rencontre le succès avec Alim le Tanneur (4 tomes chez Delcourt), dessiné par Virginie Augustin. Le scénariste préféré de ce fan de Franquin et Gotlib est de loin René Goscinny. Chez les plus jeunes auteurs, il aime Ferri, Marc-Antoine Mathieu, Guy Delisle et Baru. Il y a près d’un an, Guy Delcourt lui fait part de son idée de bande dessinée d’humour sur Nicolas Sarkozy, il est emballé et s’implique immédiatement dans le projet.

Fondateur et dirigeant de la maison qui porte son nom, Guy Delcourt est un passionné du Neuvième Art depuis son enfance. Diplômé de l’Essec en 1980, il se tourne vers le journalisme et dirige le mensuel "Pilote" avant de créer, en 1986, les Éditions Delcourt. D’emblée, il se consacre à la découverte de jeunes talents et de nouveaux concepts éditoriaux. Dès son deuxième titre publié, il réalise un coup de maître en éditant une adaptation des chansons de Renaud en BD vendue à plus de 100 000 exemplaires. 24 ans et plus de 2 500 livres plus tard, il n’a rien perdu de son audace et de son intuition : à travers une palette extrêmement large d’auteurs et de genres, il continue à développer un catalogue fondé sur la qualité et la curiosité. Dernièrement, il a surpris le monde de l’édition en publiant Happy Sex, le premier album de Zep réservé aux adultes, qui a remporté un succès phénoménal. Les Éditions Delcourt occupent aujourd’hui la seconde place du marché francophone de la bande dessinée.

Bruno Bazile est né en juin 1961 à Saint-Nazaire. À six ans, il découvre la bande dessinée avec Astérix et se passionne pour Blueberry et Gil Jourdan. Il a à peine dix ans lorsque sa vocation d’auteur de bande dessinée s’affirme. Il entame des études d’Arts Plastiques à Rennes puis s’installe dans l’atelier de son idole, Jean-Claude Fournier. Au milieu des années 80, il commence à enseigner tout en voyant ses premières bandes dessinées publiées dans la presse jeunesse. Il signe sa première série BD en 1997 avec Michel Plessix, Les Forells. Après un one-shot en solo en 2001, Les Faussaires, il entame une longue collaboration avec Pierre Veys sur les séries Les Avatars (Dargaud) et Arthur et Merlin (Soleil). Suivant quotidiennement l’actualité politique française, Bruno Bazile confie s’amuser beaucoup à dessiner les gags des Aventures de Sarkozix.

Né le 4 août 1981, Jérôme Maffre se destine tout jeune au métier de dessinateur de BD. Il se forme donc aux Arts Plastiques en obtenant un BTS Création Industrielle puis une licence d’Arts Appliqués. Il se passionne aussi pour les musiques africaines et brésiliennes et devient percussionniste professionnel. Il y a quatre ans, il fait la connaissance de Wilfrid lupano à qui il demande conseil sur son travail de dessinateur : les critiques pleuvent. Loin de se décourager, Jérôme Maffre se remet de plus belle au travail et commence une carrière de coloriste pour les Éditions Delcourt, Soleil et Le Lombard. Il est notamment le coloriste de la série L’Ivresse des fantômes (Delcourt), scénarisé par son ami Wilfrid. Ce dernier lui propose en 2009 la délicate mission de mettre en couleur les pages des Aventures de Sarkozix. Jérôme Maffre s’acquitte de cette mission avec panache !