Wilfrid Lupano, après des séries d’aventures comme Alim le Tanneur et L’Honneur des Tzarom, pourquoi vous attaquez-vous à la BD politique ?
Je m’intéresse beaucoup à la politique, mais si Guy ne m’avait pas proposé ce projet, je ne me serais peut-être jamais lancé. Il avait cette idée en tête, cette envie de positionner Sarkozy en petit tyran gaulois (ou plutôt gallo-romain), et l’idée m’a paru excellente. Il me semblait que cette période offrait le cadre parfait pour développer une comédie politique, si on appréhendait l’Empire romain comme étant le système libéral dominant, américanisé, et la Gaule comme un pays au passé glorieux mais incapable de proposer une véritable alternative moderne : comment rester soi-même et faire croire aux gens qu’on pèse encore sur les décisions essentielles, quand tout se joue ailleurs ? Ce contexte était parfait pour proposer une relecture ludique et percutante de la vie politique de ce début de millénaire.
Pensez-vous que toutes ces BD sur Sarkozy soient un effet de mode ou une prise de conscience politique ?
Ni l’un ni l’autre : c’est plus un phénomène d’arroseur arrosé. Sarkozy l’ultra-communicant paye son omniprésence médiatique en étant la cible privilégiée des caricaturistes. L’absence d’une réelle opposition politique génère aussi probablement un déplacement de la contestation dans le champ artistique : puisque les politiques ne disent rien ou presque, les chansonniers et les auteurs prennent davantage le relais. Avec
Les Aventures de Sarkozix, on a cependant essayé de parler vraiment de politique, de ce qui fait véritablement le sarkozysme, à nos yeux. On aborde assez peu le côté people, même si on ne peut pas l’évacuer.
Il existe déjà plusieurs albums humoristiques sur Nicolas Sarkozy. Je pense notamment à La Face karchée de Sarkozy, qui a remporté un grand succès. Ces albums vous ont-il inspiré et comment positionnez-vous votre travail par rapport à eux ?
Je n’ai pas lu
La Face karchée. Et pour les autres ouvrages, je n’en ai vu que de courts extraits. L’inspiration ne vient donc pas de là : je m’intéresse de très près à la politique,
et le spectacle qu’elle donne suffit largement à nourrir mon inspiration. Mais
Les Aventures de Sarkozix a finalement assez peu de points communs avec les précédents ouvrages de BD qui ont été consacrés à Sarkozy, pour ce que j’en ai vu. Car la plupart gardent une approche très dessin de presse qui est totalement absente de notre projet. Notre album, grâce au talent de Bruno Bazile, le dessinateur, est davantage dans la tradition gros nez de la BD à gag en une planche. On réinterprète l’actualité, les temps forts de la présidence Sarkozy, par le biais de la caricature, pour en extraire le sens caché (ou le ridicule). Mais on crée des situations fictives, on extrapole...
Faire de Nicolas Sarkozy un héros de bande dessinée vous a-t-il paru un travail délicat ?
Oui. Pas sur le plan de la personnalité (pour moi, c’est un mélange d’Iznogoud, de Joe Dalton et de De Funès qui se prête très bien au jeu de la caricature bandessinesque), mais surtout parce qu’il y a toujours le risque du syndrome “Jacques Chirac aux Guignols de l’info” : on peut créer un personnage fictif qui rende le vrai attachant.
Or, je dois bien le dire, je ne suis pas très attaché à Nicolas Sarkozy. Je veux dire par là que s’il décidait soudain de se retirer de la vie politique pour se consacrer entièrement au corps de sa femme, ou à la botanique, je le soutiendrais dans ce projet.
Quelles autres aventures attendent Sarkozix ?
Eh bien… Déjà pas Sarkozix à la plage, parce qu’à côté de
De Gaulle, il n’a pas pied. Mais enfin, il a ses propres problèmes, et on le reverra bientôt.
Allez-vous envoyer Les Aventures de Sarkozix dédicacé au Président de la République ? Selon vous, quelle serait sa réaction à la lecture de votre album ?
Je le lui dédicacerai avec plaisir. Par contre, c’est la crise...
Il devra aller chez son libraire, comme tout le monde.