Comment est née Sophia ?
Capucine : Je lisais
Barbarella aux toilettes, je suis sortie, j'ai apostrophé Libon en lui disant que c'était merveilleux, et que je voulais qu'il m'écrive une histoire aussi formidable.
Libon : Bon, moi j'ai dit banco, et ensuite on s'est rapidement retrouvés à écrire l'histoire tous les deux, c'était plus rigolo. Et puis on s'est rapidement retrouvés à dessiner tous les deux parce que c'était plus rigolo aussi.
Armée de bas résille et de hautes cuissardes, Sophia ne fait pas dans la dentelle. Sur quels critères de base avez-vous définit la belle ?
Capucine : Nous sommes partis d'un concept très simple : aventure, sexe, baston, aventure et encore un peu d'aventure. En résumé, une bombe d'un mètre quatre-vingt avec des jarretelles et des bras solides.
Pourquoi une brune (même si elle compte pas pour des prunes) ?
Libon : Parce que ça fait de jolis reflets quand on dessine en noir et blanc. Il faut voir l'air épanoui de Capucine quand elle passe trois plombes sur une planche pleine de cheveux, ça lui fait tellement plaisir, ça aurait été dommage de faire une Sophia blonde.
Faut-il voir un modèle ou un hommage à une femme en particulier ?
Capucine : Sophia est un savant mélange de Sophia Loren, Angélique marquise des anges, Barbarella et Xena la guerrière.
Sophia a le don d'escamoter ses vêtements... un prétexte voyeuriste ?
Capucine : Ah ça pas du tout ! quelle drôle d'idée...
Libon : Pas du tout, c'est à chaque fois justifié par le scénario, on y a bien pris garde.
Sexe & baston, le cocktail préféré de Sophia ?
Capucine : Oui, mais elle est aussi très friande de bière de topinambour.
Ensemble à la ville, c'est la première fois que vous travaillez tous les deux sur un album, comment s'est organisée votre collaboration sur ce titre (ne nous épargnez aucun détail, c'est l'instant potin que tout le monde affectionne).
Capucine : Concernant le dessin, Ivan crayonne le soir à la table de la salle à manger, juste après avoir retiré et laissé traîner ses chaussettes au milieu du chemin. Ensuite, il m'appelle, et après avoir plié et repassé ses chemises, je file encrer ses pages. Pendant ce temps, en général, il râpe un concombre pour faire un excellent tsatziki que nous dégusterons avec des boulettes de viande, puis il revient finir et « lier » le dessin. Pour ce qui est du scénario, nous nous collons à une terrasse de café, et devisons gaiement, et le reste vient tout seul.
Cette aventure est peuplée exclusivement de créatures féminines... Un choix plutôt draconien ! Pourquoi ? (- Et où sont passés les hommes ?!) :
Libon : Ca c'est une bonne idée de Capucine, elle préférait dessiner des filles. Au début je me suis dit « ah tiens, ça va pas être simple ça...» et en fait non, c'est devenu naturel assez vite. Quelques fois je me dis « mince c'est bizarre quand même, ce monde avec que des filles » mais ça ne dure pas longtemps.
Pourquoi en 1870 ? Sophia ne pouvait être une femme de nos jours ?
Libon : De nos jours, si un agent secret se baladait avec une grande chemise en lin et des cuissardes, tout le monde l'appellerait Francis Lalanne. On a donc éliminé le problème en plaçant toute l'intrigue dans un monde où Francis Lalanne n'est pas encore né. Et puis on aimait bien l'ambiance XIX
e siècle, pendant le siège de Paris, avec des immeubles en ruine, tout ça.
Capucine : On a rien contre Francis Lalanne, évidemment, mais ça ne collait pas avec notre concept.
Mais que vous ont-elle fait les Prussiennes pour en faire les ennemies jurées de Sophia ? (Un voyage scolaire en Allemagne qui a mal tourné ?)
Libon : Bien que « Sophia » se déroule pendant des événements bien réels, nous avons mis un point d'honneur à n'aller chercher aucune documentation et on a arrangé un peu l'Histoire pour donner un je-ne-sais-quoi de mystérieux à l'aventure. Malgré tout, Paris assiégé par la Suède (par exemple), ça ne fonctionne pas aussi bien. On a gardé les Prussiennes, avec des uniformes un peu futuristes pour les rendre plus menaçantes.
Paris, Paris... pourquoi prendre Paris comme cadre des aventures de Sophia ?
Capucine : Parce que le titre du livre c'est « Sophia libère Paris », du coup c'était hyper logique.
Sur la couverture, Sophia combat un gigantesque serpent armée d'une machette en pleine jungle... pas très raccord avec Paris ? Éclairez-nous !
Capucine : Cette couverture avait pour seul but de déstabiliser les gens. Visiblement, nous avons réussi à merveille ha ha ha ha ha ha !
Libon : oui, on aime bien tous les deux les couvertures qui n'ont rien a voir avec l'intérieur, même si ça devient rare. On voulait même faire faire l'illustration par quelqu'un d'autre, mais comme on avait aussi envie de la dessiner, on a coupé la poire en deux : on a fait la couverture, mais ça n'a rien à voir avec le titre.
Et comme on n'est pas malhonnêtes, on a quand même mis de la jungle et des serpents dans l'histoire.
D'ailleurs Sophia ne verra pas que Paris dans cet album...
Libon : Tout à fait. Comme notre concept était aventure, sexe, baston, aventure et encore un peu d'aventure et de l'exotisme, Sophia va se battre en Afrique aussi.
Capucine : Et au Havre.
De nouvelles aventures de Sophia à paraître ?
Capucine : Nous avons effectivement songé à une suite, dont l'héroïne serait plutôt Rima, mais rien de précis.
Sophia, la femme idéale ? Votre femme idéale ?
Capucine : La mienne oui, sans aucun doute.
Libon : Oui, mais si elle était un peu plus détendue, ça lui ferait pas de mal, je trouve.
Interview réalisée par Audrey Latallerie