- Cet album est très différent de vos productions habituelles, d'où vous est venue cette envie de croquer la vie de tous les jours ?
Je n'ai jamais vraiment su me tenir à un seul propos décliné d'un livre à un autre. Il y a peut-être un fil rouge depuis le début, mais pas encore clairement révélé. Alors, je tourne autour en changeant de propos et en adaptant la forme au fond.
Je trouvais, depuis quelques temps, que mes travaux en général ne traduisaient pas grand-chose du quotidien, du monde qui m'entoure, et j'avais envie de vérifier si j'étais capable de m'impliquer dans une vision sans fard ni grandeur de ce que je peux voir, entendre ou vivre.
Entendre, voir et dessiner vite. Atteindre une forme légère.
- Certains personnages sont récurrents : un chômeur angoissé, un auteur de bd, un couple. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur chacun d'eux ? Et spécialement sur ce petit garçon de cinq ans…
C'est le seul à n'être pas aigri, rien ne lui pose problème. Il est libre, malicieux. Il ne suit rien. Il se concentre sur ce qu'il y a de plus important dans la vie : dessiner par terre, manger ce qu'il trouve bon, faire le rigolo, tester la "solidité" de ses parents ou leur apprendre à danser.
Tous les autres sans exception sont des personnages à problèmes. Ils en ont ou ils en créent. En général, ceux qui en ont sont confrontés à ceux qui en créent. L'horreur absolue.
Il est évident que le personnage de l'auteur de bande dessinée catalyse à lui seul tout ce que j'ai pu vivre, entendre ou voir en pratiquant ce métier depuis plus de 25 ans. Mais je n'aiderai personne à faire le tri. S'il y en a qui se reconnaissent, on va rire...
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La Belle Vie
Scénario, Dessin
et Couleurs : BÉZIAN
Collection : HORS-COLLECTION
En librairie depuis
le 19 novembre 2008
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Les premières pages :
   
   
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- Faut-il vous reconnaître parmi l'un d'entre eux ?
Il ne faut pas. Mais on peut. Je ne vais pas jouer les Flaubert de supermarché. Je suis certains personnages, et pas forcément le dessinateur.
- Justement, quelle est la part autobiographique, réelle ou fictive dans ces histoires?
J'ai retranscrit certaines scènes au mot près, telles qu'elles se sont déroulées. D'autres sont plus interprétées. Il y a des physiques évocateurs de certaines personnalités, d'autres qui n'ont rien à voir. Des décors sont restés ceux de la réalité, d'autres ont été transformés. Il y a toujours peu ou prou un travail à faire à partir de la réalité. Certains faits sont impossibles à traduire dans certains langages sans transpositions minimes ou remaniements fondamentaux. Mais rien n'est fictif.
- Des thématiques sont également récurrentes comme celle du téléphone portable et tout particulièrement celle des amateurs de dédicaces, des festivals de bande dessinée… S'agit-il d'un exutoire sur votre métier ?
Mes "Chroniques de la haine ordinaire". Je n'ai plus cinq ans, et il m'est assez facile de parler de ce qui m'horripile. Je suis "Flic du Monde" et note tous les travers par lesquels mes contemporains semblent désapprendre à vivre ! Ou vivent sans joie, sans respect ni pour autrui ni pour eux-mêmes, par habitude, par paresse, par effet de mode, par choix de civilisation servilement suivi... Il est évident que je me mets dans le lot (sauf pour ce qui est du téléphone portable, je résiste encore!). Je peux très bien être tous les personnages tour à tour, dans la même journée. Comme tout le monde. C'est parfois hilarant. C'est parfois navrant. Je ne m'ennuie pas une seconde.
Il n'est un secret pour aucun auteur que les séances de dédicaces sont des mines inépuisables. On peut d'ailleurs faire ad vitam aeternam des portraits psychosociologiques de toutes les humeurs possibles à partir d'un journée de “défilé” devant un étal, un comptoir, un guichet ou un stand. Je n'ai pas utilisé le quart de la moitié de ce que j'ai pu vivre ou de ce que des collègues ont pu me rapporter. S'il y en a qui se reconnaissent, etc.
- "La belle vie"… La vie apparaît burlesque, révoltante, pathétique, réjouissante, ou grotesque plutôt que belle dans cet album. Selon vous, la vie est-elle vraiment belle ?
Vous oubliez “tragique”, “bandante”, “effrayante”, et environ quarante-cinq mille autres adjectifs différents. Donc forcément belle.
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