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Accueil > Aller plus loin > Dossiers BD > Interview d'Arnaud Floc’h pour La Compagnie des cochons


Arnaud, quelles sont les raisons qui t'on poussé à réaliser un album sur Bamako ?

Bamako est une ville fascinante. Horizontale, immense, où règne une anarchie tranquille mais où sévit aussi une pauvreté alarmante qui côtoie un semblant de richesse. Bamako n'accueille pas de touristes, ils partent tout de suite pour le Pays Dogon. C'est donc une ville qui vit au rythme des intérêts africains, une ville laborieuse où l'économie et la tradition, la religion aussi, ne sont pas guidés par les impératifs du tourisme. L'Islam, comme les problèmes ethniques, y sont souples.

Pour toi, que représente Bamako ? Peut-on parler d'un coup de foudre pour la ville et ses habitants ?

Non. Rien n'y est beau, tout est cassé, la chaleur et la pollution nous y accompagnent partout. Alors, avec les années, on apprend petit à petit à l'aimer. Et puis on y découvre les faubourgs, les quartiers très pauvres, les bals du crépuscule, les nuits silencieuses où l'on croise surtout des gens silencieux, calmes et respectueux. Les bords du fleuve la confiance.

Comment as-tu voulu retranscrire Bamako en BD ? Quels tons, ambiance et couleurs as-tu privilégié ?

Même si une partie de la BD ne se passe pas dans Bamako centre, j'ai essayé de montrer, en quelques vues, ce qu'était cette ville faite de maisons pas finies, de boulevards poussiéreux et de quartiers immenses en terre battue, ocres et rouges. J'y reviens : une anarchie tranquille, souvent sans eau courante mais toujours un frigo branché dans une ruelle sur le courant d'on ne sait trop qui. Mais j'ai surtout voulu parler des gens, des pauvres handicapés au Directeur de Cabinet, je les connais bien.

As-tu eu des influences particulières, locales ou non?

Ce qui m'a influencé dans la rédaction de cette histoire, ce sont les gens de Bamako. Les commerçants en vue, les gens de la rue en quête permanente du repas du soir, les libanais qui possèdent des havres de paix assez modestes dans la ville, et qui sont aussi intransigeants que charmants. Et puis les hommes d'affaires africains, chinois, les russes mafieux. Donc, peu d'influence de l'art africain. Je préfère Canaletto, Caravage ou Cézanne, ce qui n'apparaît pas dans mon dessin. Ça se saurait.

As-tu fait lire l'album à des Bamakois ?

Pas encore. J'ai simplement montré quelques cases à des amis qui ont reconnu leur maison, leur quartier, leur hôtel ou leur restaurant. Le livre en tant qu'objet ne passionne pas les bamakois de la rue. D'une part, ils ont autre chose à faire, et d'autre part, leur culture est orale au départ. Et c'est toujours vif. La presse écrite, le livre, intéressent les intellectuels africains ­ et je pense qu'ils ont raison ­ mais pas le peuple. Quand on a faim et pas de revenus, ou très peu, on a d'autres chats à fouetter : nourrir les enfants, échapper au palu, au sida, aux rages de dents ... mais les occidentaux savent déjà tout ça, n'est-ce pas ? Certains m'ont même dit qu'ils cherchaient des solutions.

Interview réalisée par Audrey Latallerie


Quelques extraits du cahier inclus dans l’album, ainsi que des recherches graphiques inédites :

      

      


Arnaud Floc’h est né en 1961 à Brest et a vécu ses 16 premières années dans le Nord du Cameroun. Passionné par la BD (ses maîtres sont Hergé et Tardi), il trouve ses sources d’inspiration dans la littérature (Steinbeck, Faulkner, Sartre), le cinéma (Truffaut) et la musique (de Bob Dylan à Mozart). Son précédent ouvrage dans la collection Mirages, Le Poisson-chat, est né de son expérience personnelle sur son retour d’Afrique pour arriver dans un pays qu’il ne connaissait pas, la France. Il a rencontré Thierry Murat au Salon d’Amiens. Ses ouvrages sont empreints de sa vie personnelle (Le Poisson-Chat, Sonic Hotel), mais aussi de son expérience en Afrique comme dans Les Épines du Christ (Carabas), tout comme dans La Compagnie des Cochons. Il a également beaucoup écrit pour la jeunesse.