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Florent CALVEZ pour REANIMATOR

Pourquoi avez-vous adapté une œuvre de H.P. Lovecraft ?

Morvan : En fait, il s'agit de la deuxième adaptation de Lovecraft que je réalise (la première en collaboration avec Rotomago au scénario, U-29, ed. Akileos). Comme beaucoup, j'ai rencontré Lovecraft par le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu. Il y a quelque chose de fascinant et de singulier dans son œuvre. J'apprécie ses récits cosmogoniques comme ses récits fantastiques disons plus matérialistes. Les seconds ont peut-être ma préférence, parce qu'en général, ils sont plus efficaces dans le frisson. En tout cas, c'est un auteur que je lis depuis mon adolescence, si bien que son œuvre m'est devenue assez familière. C'est donc naturellement que j'en suis venu à l'adapter en bande dessinée.

Reanimator
Scénario : Florent CALVEZ
Dessin et couleurs : Florent CALVEZ
Collection : Mirages

En librairie le 2 avril 2008

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Et pourquoi avez-vous choisi la nouvelle Herbert West, réanimateur ?

J'ai d'abord découvert et apprécié le film de Stuart Gordon, cette sympathique comédie gore très "années 80", qui reprend et détourne l'histoire originale. Ce n'est qu'après que j'ai découvert la nouvelle. L'histoire reprend la trame de Frankenstein, en l'inscrivant dans le 20e siècle, en durcissant le ton et en se débarrassant de toute décoration gothique, sans pour autant dénier quelques moments de poésie (macabre). Et puis, on traverse des ambiances bien différenciées, les images viennent vite à l'esprit... C'est aussi une histoire avec des moments "gore". C'est un registre qu'on ne voit pas très souvent en bande dessinée, si ce n'est avec un ton ironique, référenciel ou second degré. C'est pourtant un genre de récit aussi valable qu'un autre...

Comment présenteriez-vous le personnage d'Herbert West ?

Jeune médecin brillant, West développe (et applique) la théorie selon laquelle il est possible de réanimer un corps après sa mort. Il semble se désintéresser de tout ce qui irrationnel, religieux, moral... Par exemple, il considère que la vie - et donc la mort - est un ensemble de processus quasi-mécaniques. Même si sa façon de penser est "matérialiste", il n'est pas pour autant intéressé par son confort matériel. Sa vie est complétement dévolue à son travail. Peu doué pour la vie en société, il se révéle froid, "clinique" et insensible.

Sa démarche vous semble-t-elle plus proche de la science ou de la démence ?

Au moment de l'ébauche d'une théorie, on peut comprendre qu'un certain détachement soit nécessaire, quelques soient les vues humanistes et progressistes du projet global. Mais, dans le développement et son obstination, Herbert West dérape, perd de vue son objectif de départ. L'acharnement finit par l'aveugler. Le progrès est constamment accompagné de questions éthiques. En décidant de ne pas se poser ces questions là, Herbert West devient un sociopathe.

S'agit-il d'une adaptation fidèle de l'œuvre originale ou avez-vous procédé à des modifications (coupes, ajouts…) ?

J'ai voulu créer une assise plus solide, c'est pour cette raison, que j'ai un peu développé la biographie d'Herbert West. Après je suis resté assez proche de l'œuvre, tout en nourrissant le personnage du narrateur. L'œuvre originale a été construite sous forme de feuilleton. J'ai conservé les mêmes six segments, en y ajoutant quelques retours au présent. De la même manière, il n'y a pas de véritable personnage féminin, comme souvent dans l'œuvre de Lovecraft... Enfin, J'ai construit une conclusion plus "personnelle".

Comment avez-vous adapté la narration si particulière de Lovecraft (utilisation d'un personnage secondaire comme narrateur) ?

Lovecraft se sert du narrateur comme témoin "moral". Si Herbert West avait raconté l'histoire, elle se serait résumée à quelques notes d'un cours de biologie. Le narrateur raconte ce qu'est et ce que fait Herbert West, et simultanément, se raconte "en creux". Enfin, il y a évidemment cet aspect que l'on retrouve régulièrement dans l'œuvre de Lovecraft : le couple avec la figure dominante qui ouvre le chemin, et la figure dominée, qui suit.

Quels procédés techniques avez-vous utilisé pour retranscrire l'ambiance oppressante et la tension grandissante de la nouvelle ?

J'ai voulu jouer avec ce qui est montré et ce qui est dévoilé. Ça commence donc par du hors-champ au début, et progressivement, on en montre plus, jusqu'à un spectacle disons plus "frontal". Ça se construit par le découpage, mais aussi par l'ajout d'une couleur supplémentaire au monochrome de base. Ensuite, le narrateur, dans sa relation avec West, nourrit la tension et donne du corps au récit. Graphiquement, en adoptant un style "jeté", hachuré, nerveux, j'ai tenté de créer une tension par le dessin.

Après, il y a d'autres éléments, notamment symboliques, mais je risquerais de trop en dévoiler. C'est pour cette raison que je vais créer un site internet, reanimator.fr, sur lequel, on trouvera des bonus à la manière d'un dvd (making of, commentaires...)

Avez-vous d'autres projets d'adaptation d'œuvres de Lovecraft ?

Chut : Cthulhu dort... ;-)

Interview réalisée par Christelle Guilleminot